16 Fév Au revoir Capitaine
Vous ne verrez pas le nom de Dylan Gleeson dans le roster des Huskies cette saison. Dylan Gleeson s’accorde un peu de répit, avant de revenir de plus belle.
9 juin 2018, demi-finale de Coupe d’Europe entre Rouen et Rotterdam. Neptunus mène 4-0, on est en 9e manche, Dylan Gleeson frappe un hit après deux retraits, poussant José Paula en 3e base. Le frappeur suivant, Maxime Lefèvre, frappe un roulant vers le lanceur. Gleeson poursuit sa course vers la 2e base, la contourne, jette un regard au-dessus de son épaule gauche, pour voir le jeu se faire en première base. Le match est fini. Gleeson ralentit sa course, quelques enjambées encore. Puis il s’arrête entre la 2e et la 3e base. Comme dans un no-man’s-land. Il s’accroupit, reste la tête basse, accablé de la douleur d’une défaite.
C’est ça, Dylan Gleeson. Il aurait pu se satisfaire d’avoir frappé un hit comme la légende Diegomar Markwell, qui, a son tableau de chasse à, entre autres, les États-Unis, Cuba, la Corée du Sud, excusez du peu. Il aurait pu se contenter d’une nouvelle place en demi-finale européenne, après avoir sorti Amsterdam et Heidenheim, ce dont beaucoup de clubs français rêveraient. Mais non. Ce qu’il retient, pendant ces longues secondes où il portait tout le poids d’une défaite, c’est de ne pas être allé plus loin.
Un guerrier. Un vainqueur. Un exemple. Un capitaine des Huskies, pour résumer. Et il n’a pas fini de l’être, puisque c’est d’une simple pause dont on parle. Pour la plus belle des raisons. Un deuxième enfant va venir, et Dylan veut être à côté de son épouse pour vivre pleinement ce moment. Alors, on ne va pas trop s’appesantir sur sa carrière. On y reviendra plus tard, quand il raccrochera définitivement son numéro 19. Juste remarquer quand même ses 1 018 at-bats en D1 (.260 de moyenne), ses 137 at-bats au Challenge de France (.263 de moyenne), ses 130 at-bats en Coupe d’Europe (.262 de moyenne), pour constater son incroyable régularité à la frappe. Avec Dylan Gleeson, on sait où on va. Et souvent, très souvent, c’est vers la victoire.
DISCRÉTION ET AUTORITÉ
Dylan avait 5 ans quand son père, Richard, a posé son sac de baseball dans les dugouts du terrain Pierre-Rolland. On peut affirmer sans crainte d’être démenti que personne ne prévoyait que, quelques années plus tard, le nom de Gleeson allait de nouveau se marier avec l’uniforme des Huskies. Il n’y a pas tant de duos père-fils à avoir évolué en D1 sous les couleurs rouennaises, et cela mérite d’être souligné.
Dylan a construit tranquillement sa place au sein des Huskies, jusqu’à en devenir le capitaine, successeur d’une lignée prestigieuse qu’il ne dépare pas. Il s’est imposé dans un mélange de discrétion et d’autorité, de talent et de travail. Un joueur performant, quelle que soit son utilisation. En attaque, on peut le mettre en début de line-up, pour aller sur base ou faire avancer des coureurs, au cœur du line-up parce qu’il est un excellent producteur de points, capable à l’occasion de frapper avec puissance, en bas de line-up pour muscler la fin d’alignement et compliquer la tâche aux lanceurs adverses. Derrière le marbre, sa position préférée est celle de catcher, et il vient encore de signer une saison à 0 erreur. Mais on peut le voir en 2e base, on peut l’envoyer au champ extérieur, aux extrémités du losange, on sait qu’il fera le travail.
Repenser à Dylan Gleeson, c’est se souvenir de présences décisives dans des grandes finales. Sans chercher trop loin dans le grand livre des Huskies, on feuillette les pages jusqu’au chapitre 2022 pour retrouver Dylan à la batte en dernière manche de la finale de la Coupe d’Europe, contre les belges d’Hoboken, soutirant un but sur balles avec les bases pleines pour le point de la victoire. Et puis, il est encore là dans le deuxième match de la finale contre Savigny pour produire 3 points et mettre son équipe en avance deux victoires à zéro. Et on se souviendra, la saison dernière, de ce double contre Savigny, en plein cœur de la saison, alors que tout allait mal pour Rouen, qui semblait en train de couler, de dire adieu aux play-offs. Un hit qui a donné l’exemple, qui a tout remis en place, qui a retenti comme le signal d’une révolte qui ne se terminera qu’avec le titre de champion. On pourrait en citer d’autres, mais, on le rappelle, il ne s’agit pas, encore, de parler de toute la carrière de Dylan.
Être capitaines des Huskies, ce n’est pas rien. Dylan s’est parfaitement acquitté de sa tâche, à sa manière, qui ne ressemble à aucun de ses prédécesseurs. Un leader par l’exemple, pas le plus vocal, mais montrant la bonne direction. Il sait prendre la parole quand il le faut, il sait surtout montrer la bonne attitude. De par sa position de catcher, il est un très fin connaisseur du championnat et de ses adversaires, très pointu dans l’approche technique et tactique des matches. Et puis, là aussi comme ses prédécesseurs, il a grandi avec le baseball, se construisant une vie de famille et une vie professionnelle, et on aime beaucoup voir ça, chez les Rouennais.
Dylan a aussi laissé sa marque après une victoire. Depuis quelques saisons, il parachève les triomphes rouennais en réalisant – avec son matériel de catcher – une roue sur le marbre. On ne va pas forcément dire qu’il a la grâce d’une championne de gymnastique en effectuant la figure, mais voilà, c’est sa signature, et elle a accompagné tant de titres. Heureusement, on la reverra bientôt.
Vivement 2026.
RÉACTION DE BASTIEN DAGNEAU, CHAMP DROIT DES HUSKIES
C’est à la fois facile et très dur pour moi de parler de Dylan. C’est mon pote, on a commencé en 2012 en Élite ensemble et on a vécu beaucoup de chose donc, forcément, savoir qu’il ne sera pas avec nous cette saison, ça amène un petit, voire un gros pincement au coeur. D’ailleurs, heureusement que c’est de l’écrit, sans quoi, ça aurait été impossible d’aligner trois mots. Pour moi, Dylan a marqué le club. C’est la discrétion, le sang-froid, le travail et la passion. Il est un parfait exemple des valeurs des Huskies, car il incarne la transmission. Il n’a pas seulement été un joueur très performant. Je laisse le soin à d’autres de revenir sur les moments forts de sa carrière ou de commenter son palmarès qui est énorme.
Il est passé de rookie talentueux à joueur confirmé, puis leader en parallèle de sa carrière de coach, manager du pôle et cadre du club, pour finir capitaine incontestable des Huskies… c’est beau.
Il a su relever les challenges, des rôles qu’on lui a donnés parfois trop tardivement selon moi. Il est de ces joueurs qui ne cherchent pas à être reconnus et pourtant à chaque fois au centre des succès de l’équipe. Je pense que toutes les personnes ayant croisé Dylan sur les terrains ont, sans exception, pris du fun avec lui. Je sais que les deux dernières saisons ont été difficiles nerveusement, mais il a fini en beauté. Il a pris ses responsabilités en aidant Quentin (Becquey) à remettre l’équipe sur de bons rails pour l’avenir et en empochant son DIXIÈME TITRE de champion de France ! Comme les plus grands avant lui, il a donné beaucoup de lui-même à ce club. Il mérite la reconnaissance, c’est pourquoi je suis heureux de pouvoir lui rendre un peu hommage. Je suis fier d’avoir joué à ses côtés et quelquefois aussi contre lui pendant toutes ces années. J’espère qu’il partira l’esprit apaisé. Je lui souhaite qu’un jour il regarde la clôture et qu’il découvre le 19 à côté de sa tronche de cake. Qui sait peut-être que d’ici là, ce sera dans mon champ à droite vu que le centre est plein à force d’avoir des grands champions qui prennent leur retraite ?
Je voudrais enfin qu’il se remémore les épreuves passées, mais surtout les bons moments, car il y en a eu un paquet ! Moi en tout cas je ne les oublierai pas.
Merci Dy. Je te souhaite le meilleur. Ta présence va me manquer.
Prends soin de toi et de ta famille. Repose toi et bon vent. Salut mon pote !