01 Mai Greg Fages, patron du sportif
Rencontre avec Greg Fages, récemment élu au Comité directeur des Huskies de Rouen. Son domaine ? Le développement de la politique sportive du club. Il nous explique sa vision.
Bonjour Greg. Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours de baseballeur ?
Bonjour, je suis francilien d’origine et dans le baseball/softball depuis plus d’une trentaine d’années, dont les quinze dernières à Rouen.
Gamin, j’étais fan des Etats-Unis et de leur sport favori, le baseball. Mes parents m’avaient offert un petit kit avec une batte en bois, un gant et une balle et je jouais avec mes potes dans la forêt au-dessus de chez moi. Je pratiquais aussi la thèque au collège. J’ai commencé en club à 18 ans grâce à un pote de lycée, j’ai fait un entrainement en gymnase au club des Cerbères d’Enghien-les-Bains et j’ai signé direct ! j’ai ensuite évolué dans différents clubs, Sarcelles, St Prix, Cergy, Vauréal, Montigny le Bretonneux puis Rouen en tant que coach et dirigeant.
En tant que joueur, j’ai évolué à tous les échelons sportifs du baseball français de la division départementale sur un terrain de foot stabilisé jusqu’à la 1ere division sur les plus beaux terrains de France. J’en retiens un amour inconditionnel pour mon sport, bien sûr les entrainements et les matchs, mais surtout les moments partagés avec les acteurs du baseball, qu’ils soient joueurs, coéquipiers, adversaires ou bénévoles.
J’ai commencé à entrainer et coaché très rapidement dans différentes catégories des clubs dans lesquels je suis passé, jusqu’à en faire mon activité professionnelle pendant 15 ans et passer un BEES 1er degré baseball/softball.
J’ai eu la chance d’avoir une carrière de coach plus que bien remplie en découvrant les différentes étapes du coaching en encadrant les équipes départementales, régionales et les équipes de France 15U, 18U et 21U. De vivre des émotions incroyables grâce à des rencontres, des pays et des compétitions fabuleuses. Allant des phases finales de championnat de France, aux Interligues, aux Little League, Junior League, Senior League, aux coupes d’Europes, aux championnats d’Europe, à deux championnats du Monde (Kenko et WBSC) et également la World baseball Classic 2016 en tant que logisticien.
Au cours de ces années, j’ai eu le bonheur d’avoir un palmarès florissant avec de nombreux titres de champion de France, toutes catégories confondues, avec le club de Montigny, la ligue ile de France et le club de Rouen, bien sûr.
Et comme nous partageons cette passion de façon indissociable, j’ai la fierté d’être le grand frère de mon joueur préféré 😉 Maxime Lefevre l’ancien shortstop de Rouen et de l’équipe de France.
Quel sera ton rôle au sein du comité directeur ?
Avant tout de partager la vie du club, car tous les sujets m’intéressent et sont liés à la réussite et au développement de nos disciplines et de notre club. Initier des idées, des projets, partager mon expérience, créer de l’échange, de la réflexion pour trouver tous ensembles les solutions à notre futur. Et plus spécifiquement, le chantier qui m’a été confié par Pierre-Yves Rolland est le pilotage du développement de notre filière sportive, des plus jeunes jusqu’au haut niveau.
Quel est ton ambition dans le développement sportif du club ?
Dans un premier temps, établir un constat de notre organisation en échangeant avec tous les acteurs du clubs, salariés, coachs et bénévoles. A partir de cela, mettre en place un groupe de travail pour partager et réfléchir ensemble à nos contraintes, nos besoins, nos projets et définir la vision que nous souhaitons impulser au développement sportif et à la réussite du club.
À quoi ressemblerait le club si tu réussissais tout ce que tu voulais faire ?
Un club avec plus de 500 à 700 licenciés, bénéficiant d’un rayonnement sur l’agglomération de Rouen avec la création de clubs satellites, ce qui nous permettrait d’avoir plus de pratiquants ainsi que d’autres lieux de pratique. Et au sein de son entité principale, toutes les catégories représentées dans les différentes disciplines, qui puissent s’entrainer régulièrement dans des conditions optimales. L’ensemble de ces mêmes catégories pourraient jouer un très grand nombre de matchs grâce à l’organisation et à la participation de tournois nationaux et internationaux.
Continuer d’améliorer notre infrastructure sportive et de vie, le nombre et les compétences techniques de nos encadrants, de nos officiels et de nos bénévoles.
Un club qui gagnerait encore de nombreux titres mais qui serait aussi un exemple et un moteur inspirant pour les autres clubs. Je pense, plutôt que de jalouser son voisin, qu’il faut prendre ce qui est bon chez lui, l’améliorer et le battre sur le terrain. Cela ne peut être que stimulant pour notre discipline et pour l’ensemble de ses protagonistes.
« Rouen est aujourd’hui une structure qui permet à des joueurs et joueuses ayant un vécu, une expérience internationale, de s’entrainer tous les jours dans de bonnes conditions et de continuer à vivre leur passion pleinement, tout en leur permettant d’entamer leur transition entre cette expérience incroyable et leur nouveau projet personnel »
C’est quoi ta philosophie de jeu ?
Respecter le jeu, donner le meilleur de soi, communiquer aux autres son plaisir de jouer, s’amuser, croire en soi et en son équipe, ne craindre personne, ne pas avoir de regret, laisser les erreurs derrière soi, apprendre de ses échecs, ne jamais abandonner et se dire qu’au baseball un match n’est jamais fini et gagné !
Ton ambition sportive ?
Jouer un maximum de matchs, former des joueurs, des entraineurs pro et bénévoles, être des compétiteurs, gagner des titres dans toutes les disciplines et catégories, participer et remporter des tournois ou des compétions internationales, envoyer un maximum de joueurs et joueuses en équipes de ligue et en équipes de France, donner la possibilité à nos meilleurs joueurs et joueuses d’évoluer dans les meilleurs structures fédérales de leur catégorie et de leurs discipline, ainsi que dans les filières universitaires nord-américaines et dans les systèmes pro.
Améliorer et optimiser encore nos conditions d’entrainement pour en faire un système de formation du plus jeune licencié à notre académie. Il faut qu’à moyen et long terme, nous nous rapprochions d’un système équivalent à des clubs pros comme le hockey par exemple.
Un autre sujet est important à mes yeux. Je suis toujours triste de voir des joueurs et des joueuses ayant eu une expérience universitaire ou pro aux Etats-Unis et qui ont pu bénéficier de la filière haut niveau français (avec ce que cela engendre en termes d’investissement de leur part, de celles de leurs familles et des institutions fédérales), rentrer en France et arrêter de jouer parce que le retour à la réalité française est difficile ou que les propositions sportives offertes ne sont pas compatibles avec leur projet personnel. Et de ce fait, nous perdons certains et certaines de nos meilleurs talents. Des joueurs et des joueuses d’une vingtaine d’années qui sont en train d’arriver à leur top et qui devraient être les moteurs de nos championnats et de nos équipes nationales pour encore une dizaine d’années.
Rouen est aujourd’hui une structure qui permet à des joueurs et joueuses ayant un vécu, une expérience internationale, de s’entrainer tous les jours dans de bonnes conditions et de continuer à vivre leur passion pleinement, tout en leur permettant d’entamer leur transition entre cette expérience incroyable et leur nouveau projet personnel. Mais ce n’est pas suffisant, nous devons pouvoir leur offrir la possibilité de rencontrer leurs futurs employeurs par le biais de notre réseau de partenaires, pour qu’ils puissent concilier la performance et leur réussite pro et perso. Nous avons des exemples de cette réussite au sein du club et nous devons les multiplier car ils seront les futurs bénévoles, coachs ou dirigeants de demain.
Quels sont les priorités dans le domaine sportif ?
Ce seront les échanges du groupe de travail qui nous permettront de définir les priorités, mais je dirai que dans un premier temps, c’est donner les moyens à nos joueurs, joueuses et coachs de s’entrainer de façon plus optimale en mutualisant nos outils de pratique pour s’entrainer plus et mieux et surtout de trouver les moyens de jouer plus de matchs.
Quels sont les premiers dossiers auxquels tu vas t’attaquer ?
Le partage et la mutualisation des connaissances et des compétences au sein du club.
Créer une dynamique de travail, de rigueur, d’identité et de plaisir pour les joueurs/joueuses et les coachs.
Mettre en place des entrainements spécifiques pour les lanceurs et les receveurs en mutualisant les catégories. Et trouver des moyens d’augmenter le volume et/ou la qualité de nos entrainements et de nos matchs (intersquad, triangulaire, tournois, etc…). Nous venons de signer un partenariat avec le club de Domont, qui est un club avec une très belle dynamique jeunes, avec des dirigeants ambitieux et compétents avec qui nous partageons une vision commune sur le développement. Donc, nous allons aussi nous appuyer sur cette collaboration afin de multiplier les échanges sportifs et je pense qu’il y aura d’autres clubs avec lesquels nous allons créer des ponts dans les mois à venir.
« J’aime ce club car il fait tout pour se donner les moyens d’aller toujours plus haut »
Quel est à ton avis le principal frein au développement des jeunes ?
Le manque de matchs et donc de jeux.
Que faudrait-il faire pour y remédier ?
Comme je l’ai dit précédemment, notre développement passe par la création d’antennes ou de clubs autour de Rouen pour multiplier les matchs, le nombres de pratiquants, d’espaces de jeux (outdoor et indoor, et possiblement éclairés) dans un périmètre proche qui nous permettra de jouer un maximum en semaine et en soirée.
Le club n’ayant qu’un seul terrain nous arrivons vite à saturation donc il en va de notre développement de créer et développer autour de nous.
Le club à côté de chez toi est ton meilleur ami et non un ennemi car il t’offre l’opportunité de jouer plus régulièrement. Je viens d’un département (le Val d’Oise) où, fut une époque, nous avions 12 clubs et un championnat départemental, le trajet le plus long pour jouer un match était de 25 minutes !
Nous savons que les contraintes de transport des équipes sont un frein et encore plus quand tu montes dans les catégories d’âge supérieures. Dans notre région, le club le plus proche est à environ 45mn et le plus loin à 3h30. Pour peu que les conditions météo soit trop «normande» ou qu’une équipe soit incomplète, ton match est annulé et du coup cela refroidit la motivation de chacun. Donc, nous devons avoir la possibilité de joueur à proximité. Le travail à d’ailleurs déjà commencé avec la création d’une antenne sur Isneauville, dans la métropole rouennaise.
Nous devons aussi multiplier les organisations et les participations à des tournois en France et à l’étranger.
Nos jeunes doivent de nouveau jouer avec des balles de baseball. La balle kenko est un outil intéressant pour de multiples raison mais c’est aussi un frein développement, au beau baseball, vivant, dynamique et spectaculaire.
Nous devons également continuer et améliorer nos interventions scolaires et mieux les cibler de façon assurer un meilleur relai vers le club et vers nos futures antennes dans l’agglomération.
Donner plus de vie à notre catégorie 18U par le biais de participation à des évènements propres car tu commences à créer le team spirit de ta future D1.
Rouen a toujours sorti de très bons jeunes joueurs, que faut-il faire plus pour encore améliorer cette formation ?
Je pense que nous avons eu quelques bons jeunes par cycle mais c’est loin d’être suffisant pour un club comme Rouen.
Nous nous devons d’être bons dans toutes les catégories, chaque année. Nous devons être un club formateur, un club qui alimente les équipes de France et qui donne l’opportunité à nos joueurs de vivres des expériences internationales.
Nous devons donc augmenter notre capacité à nous entrainer de façon à la fois plus quantitative et qualitative, à jouer le plus de matchs possibles à chaque étage du club.
Nous devons encore améliorer nos infrastructures sportives et nos compétences d’encadrement.
Donner l’opportunité à nos joueurs de jouer plus de matchs à enjeux, d’êtres des compétiteurs, d’aller nous frotter aux meilleures équipes françaises et à des nations fortes du baseball. Les Pays-Bas ne sont qu’a 6h de route et c’est une chance que nous devons exploiter.
Donner l’opportunité à nos coachs d’améliorer leurs compétences, leurs expériences, leur capacité à impulser du plaisir, de l’envie, un esprit de battant à nos jeunes.
Je pense que la réussite de notre club passe par le plaisir, la formation, le travail et l’ambition et je suis reconnaissant d’avoir la chance de transmettre, de partager mes idées pour cette passion qui nous anime tous. C’est pour cela que j’aime ce club car il fait tout pour se donner les moyens d’aller toujours plus haut.