16 Mai Le bal des vaincus
Gueule de bois d’après défaite ou volonté de revanche ? Les Huskies sont à la croisée des chemins avec un déplacement difficile à Montpellier.
La journée de ce week-end peut être considérée de deux façons. Deux duels au sommet entre les meilleures équipes de ce début de saison, l’occasion de frapper un grand coup et de se détacher de la meute pour ceux qui remporteraient les deux rencontres. Mais aussi, des matches entre les grands perdants du Challenge de France : La Rochelle, Rouen, Toulouse, sortis au 1er tour et Montpellier, incapable de défendre son titre et éliminé en ½ finale. On dit souvent que quand on tombe de vélo, ou de cheval, il faut tout de suite remonter en selle. Ce sera l’occasion pour les confrontations Boucaniers – Stade et Barracudas – Huskies, de mettre en pratique ce vieux principe.
La saison dernière, le Challenge de France avait constitué un déclic pour les rouennais. Ils y étaient entrés avec une fiche de 5-5, ils étaient tombés au premier tour, battus par Sénart et La Rochelle, ils frôlaient la crise. Après, ce fut une fin de saison en boulet de canon, 16 victoires et 2 défaites.
Coach Becquey signerait des deux mains pour un tel scénario. A-t-il les moyens de le rééditer ? Ce n’est pas forcément certain. Déjà, la situation n’est pas la même, puisque les Huskies sont en tête du championnat. Mais avec des statistiques moins convaincantes qu’en 2024 : .321 de batting average l’an dernier contre .316 cette année, .413 d’one-base percentage contre .407, .406 de slugging contre .419, c’est à peu près semblable. Mais l’ERA est passé de 2,12 à 2,90, le ratio de but-sur-balles par 9 manches de 3,68 à 4,67 et de strike-outs par 9 manches de 9,71 à 7,41. Et le Challenge a confirmé les observations effectuées depuis le début de saison. Dans les deux matches contre Béziers, les Huskies ont été 0 en 6 avec les buts remplis, et ont frappé .222 avec seulement 2 RBI dans les 18 situations où ils ont eu des coureurs en position de marquer. C’est le mal de la saison pour l’attaque rouennaise : l’improductivité. Et comme le pitching ne domine pas comme il devrait, ou plutôt comme il pourrait, on sent bien que Rouen ne marche pas à plein régime.
La vraie question de cette deuxième moitié de saison est de savoir si cette situation est une réalité qui va perdurer jusqu’aux play-offs, où si une vraie montée en puissance peut s’enclencher. Quentin Becquey a réuni ses troupes pour parler du Challenge, dire ce qui s’est bien passé (il ne faut pas toujours ternir le tableau) et tenter de contrôler ce qui s’est mal passé (une bonne organisation doit toujours voir ses défauts, c’est le seul moyen de progresser). Des décisions ont aussi été prises, et Dan Gore a été remercié, pour insuffisance de performances. Il n’est pas impossible que d’autres mouvements surviennent dans les prochains jours, et il semblerait que le téléphone de Xavier Rolland ne dérougit pas en ce moment.
MONTPELLIER A REMPORTÉ QUARANTE DE SES CINQUANTE DERNIERS MATCHS À DOMICILE
Pour tenter de se refaire une santé, un déplacement à Veyrassi n’est pas toujours le meilleur remède. Pas facile, de gagner en terre languedocienne. Sur leurs cinquante derniers matches à domicile en saison régulière, les Barracudas se sont imposés 40 fois. Mais là aussi, la mécanique se grippe parfois : Toulouse et Rouen ont balayé le programme double la saison dernière. On se souvient, par exemple, de l’extraordinaire relève de Thibault Mercadier, buts remplis, pas de retrait, trois K.
Montpellier aura la double motivation de faire oublier son échec à Metz et de s’emparer de la première place du championnat. Pour y parvenir, les Barracudas pourront compter sur un haut de line-up extrêmement performant, avec Brossier et Rodriguez aux commandes et sur ses deux dernières recrues étrangères, le très efficace arrêt-court Flores (.333 en championnat, .455 au challenge, une machine à obtenir des BB) et le puissant cogneur Walters (seulement 2 en 10 au challenge, mais il n’en restera pas là). Au pitching, il sera intéressant de voir l’utilisation de Quinonez, pour l’instant cantonné à des bouts de manches, mais qui semble pouvoir être dominant. Mais difficile d’écarter Vera, parfait depuis le début de la saison, et qui avait bien performé contre Rouen en 2023, sous les couleurs du PUC (1-1, 2,40 de ERA en 15 manches lancées, 6 BB, 10K, .170 de batting). Montpellier dispose de plusieurs autres solutions, avec un Ozanich en grande forme, un Polit qui fait bien le travail, ou encore Brossier, même si ce n’est pas sa spécialité, alors que Couvreur tarde à retrouver ses moyens (13 BB et 13 hits en 14,1 IP).
Ce dont on peut être certain, c’est que ces deux matches s’annoncent très intenses, car ils se déroulent sous la triple pression de la lutte pour la place de leader, de la volonté de faire oublier le Challenge et de préparer l’échéance européenne, qui pourrait bien voir les deux équipes se retrouver en demi ou en finale.
TOULOUSE LA ROCHELLE ÉGALEMENT AU PROGRAMME
Ce sont aussi deux équipes en quête de rédemption qui se retrouvent pour un match en retard. Après son succès à Rouen, La Rochelle a encaissé trois défaites de suite avant de se reprendre en écrasant Metz, mais n’a plus tout à fait le lustre de son début de saison, comme l’a confirmé le Challenge. Quant à Toulouse, on ne va pas parler de cette compétition qui ne lui réussit décidément pas du tout (6 éliminations consécutives au 1er tour, 1 victoire en 13 matches), mais constater que le Stade est capable du meilleur, comme lors de sa dernière victoire à Montpellier, comme du moins bon, le 6-16 à Béziers, le 4-12 contre Sénart, le 0-9 à Rouen. Les toulousains commencent à sentir le souffle de Béziers dans leur dos, et ne peuvent pas trop se permettre de décrocher du top 4, alors que les Boucaniers, s’ils veulent rester au contact des deux leaders, ne peuvent pas non plus laisser filer des matches.
Alors, oui, cette journée c’est un peu le bal des vaincus, mais c’est sûrement une musique très entraînante qui va être jouée et donner lieu à du baseball intense.