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Affronter le leader, jouer des matches au couteau, c’est ce qu’adorent les Huskies. Le choc face à Montpellier arrive à point nommé pour leur permettre de montrer qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot.

 La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour les Huskies cette saison. On ne va pas revenir sur les difficultés sportives rencontrées depuis quelques mois, on les a suffisamment documentées, mais sur le dernier coup du sort qui s’est abattu sur les champions de France. C’était il y a une quinzaine de jours, un message de quelques lignes, certes chaleureuses, mais aussi définitives, sur le groupe de messagerie de l’équipe de D1. Elles étaient signées Scott Bellina, qui annonçait son départ pour une ligue professionnelle au Japon. « Avec le cœur lourd », écrivait l’américain. Sans doute moins lourd que celui de coach Becquey quand il a appris la nouvelle. Parce que finir la saison sans son ace, disons que ce n’est pas la meilleure façon de préparer les play-offs. Mais, s’il est encore un jeune coach, et qu’il n’a pas de cheveux blancs (qu’il se rassure, ça va arriver), il a pris maturité et philosophie ces derniers mois : « Le baseball ne serait pas le baseball si ça devait être simple. Personnellement, j’adore ! Oui, on perd notre meilleur lanceur, et alors ? Cette absence va donner l’opportunité à d’autres de s’affirmer ». On ne sait pas quelle est la part de méthode Coué dans ces quelques phrases, mais il faut y voir une volonté farouche de serrer les dents, de ne plus rien lâcher. Une façon de dire aux autres : « vous voulez notre titre ? Venez le chercher, on vous attend ». 

Ça tombe bien, parce que c’est Montpellier qui se présente à Rouen ce week-end. Dans le genre machine de guerre, c’est difficile de faire mieux cette saison. Les Barracudas se sont emparés de la première place en renversant les Huskies en mai, ils ne l’ont pas lâché depuis. D’ailleurs, depuis le Challenge de France, ça va plutôt bien à Montpellier : 10 victoires, 2 défaites, 101 points marqués, 51 encaissés, .346 de moyenne, 3,41 de ERA. Sur la même période, Rouen fait un peu moins bonne figure : 5-5, 85 points marqués, 50 encaissés, .273 de moyenne et 3,48 de ERA. Les Barracudas se portent bien collectivement, et tout autant individuellement, avec des performances haut de gamme de Brossier et Flores en attaque, de Vera et Ozanich au monticule. Et puis, il serait malhonnête de ne pas reconnaître que Montpellier a pris un ascendant sur Rouen, avec 3 victoires en 3 matches cette saison, dont cette demi-finale de coupe d’Europe qui reste encore dans la gorge des rouennais.

Tout est beau dans le meilleur des mondes pour Montpellier ? Peut-être pas tant que ça. Si Veyrassi se transforme de tombeau des illusions perdues pour les adversaires (12-0 pour les Barraducas à domicile), ce n’est pas la même chanson loin du soleil languedocien : 6-6 à l’extérieur, une attaque qui toussote (.284 de moyenne) et un pitching qui se sent mal (4,51 de ERA). Et puis il y a quelques grincements dans la belle machine : Kovacs, le meilleur frappeur du championnat, a disparu depuis quelques matches, de même d’ailleurs que Walters. À Montpellier, si on pratique volontiers la communication à coup d’IA, on oublie de donner des informations sur les joueurs, donc on ne sait pas trop ce qu’ils sont devenus. Vera, qui a écrasé tout sur son passage, a été rudoyé par les solides attaques de Béziers et Savigny. Il faut dire que ce n’est pas facile de traverser ces deux line-ups. Et puis la défense peut laisse parfois échapper la balle : 8 erreurs contre La Rochelle, 6 contre Sénart, 5 contre Savigny, voilà qui laisse entrevoir quelques lacunes techniques ou mentales. Et puis, après tout, Montpellier n’a pas plus gagné que Rouen, ni au Challenge, ni en Coupe d’Europe. Certes, les Barracudas savent mieux gérer les temps forts depuis deux saisons, mais ils ont aussi encore des preuves à faire. 

Aux Huskies d’en profiter. Parce qu’eux aussi, à la maison, ils jouent les gros bras : 9  victoires pourune seule défaite, .309 de moyenne, 2,73 de ERA, et seulement 3 erreurs commises, dans la même journée, d’ailleurs, contre Sénart. Avec Flood, Brainville et Harrison comme leaders offensifs, avec des présences au bâton qui font travailler les lanceurs adverses (12,2 % de buts sur balles, 2èmemeilleure performance derrière La Rochelle, et seulement 13,1 % de strike-outs, numéro 1 à ce chapitre), avec l’habituelle agressivité sur les sentiers (68 bases volées, 30 de mieux que Montpellier), on connait les armes des Huskies. Si MacKenzie et Martinez, chacun à un bout du line-up, peuvent en donner un peu plus, Rouen peut se transformer en machine à gagner. Bon, il faudra faire sans Bellina, mais Livian va avoir plus de responsabilités, et il est venu pour ça, alors que le quatuor de JFL n’a rien à envier à personne.

Le match de ce week-end pourrait bien préfigurer d’autres matches, plus tard, en septembre, quand il s’agira de se battre pour le titre. Certes, un succès en juillet n’aura plus aucune valeur quand la finale sera en jeu. Mais Rouen se doit de se rappeler au bon souvenir de ses adversaires. Gagner ce week-end, sous une probable pluie made in Normandy, serait un bon signal à envoyer. Et cette équipe a les moyens de le faire.



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