Splendeur et tremblements

La saison 1 de l’ère Becquey avait été déjà pas mal agitée, se terminant toutefois par un happy-end très attendu. La saison 2 fut aussi traversée par bien des soubresauts, des rebondissements, des joies et des larmes. Résumé des épisodes précédents, avant que tout s’emballe pour le dénouement.

Goodbye strangers.

Les Huskies ont joué le premier match de la saison avec, comme non-JFL, Bellina, Flood, Gore et Roccaforte. Ils ont achevé l’exercice avec Flood, Livian, MacKenzie et Martinez. C’est plutôt rare de tels changements dans une équipe rouennaise habituée  à réussir ses recrutements étrangers, même si 2023 fut un peu du même tonneau. C’est en tout cas le signe d’une saison en montagnes russes, où il a fallu s’adapter, s’ajuster, réagir, reconstruire. Les trois départs ne résultent toutefois pas en trois échecs. Si, dans le cas de Gore, ce sont en effet ses performances insuffisantes (2,08 ERA, 23K en 17,3 IP, c’est quand même correct) qui lui ont fait reprendre l’avion, pour les deux autres on peut plus parler d’accident de parcours. Roccaforte, avec qui Becquey était en contact depuis plus d’un an, et qui devait être à la fois le stabilisateur de la défensive et la bougie d’allumage de l’offensive, a quitté du jour au lendemain, en catimini, pour d’impérieuses raisons familiales, après seulement trois journées où il frappait pour .360 avec 5 bases volées. Il a fallu reconstruire tout le début de line-up après son départ. Quant à Bellina, après avoir mis un peu de temps à se fondre dans le collectif, il commençait à donner le meilleur de lui-même et à devenir le lanceur le plus efficace du championnat (6-1, 2,03) avant de céder aux sirènes des yens japonais. Pas simple, pas simple du tout de faire face à la perte d’un leader offensif et de son meilleur lanceur. Entre temps, Jake MacKenzie avait rejoint la meute, en provenance des Capitales de Québec et après un détour en Australie. Il a confirmé ce qu’on attendait de lui : beaucoup de patience au bâton et beaucoup de vitesse (leader pour les BB et les BV). Utilisé un peu partout en défense, il a aussi donné des solutions à coach Becquey, qui ne dirait sûrement pas non à une production offensive plus en rapport avec le CV du joueur (seulement .273 et 12 RBI). L’Australien Livian a apporté quelques manches dans le bullpen et une envie de gagner semble-t-il très communicative. Martinez n’a pas montré grand-chose hormis quelques flashs offensifs : ces deux-là sont certainement moins forts que ceux qu’ils ont remplacés. Il reste Flood, unique survivant de ce remue-ménage, et qui fait un travail correct en attaque (.317, 11 doubles, 13 bases volées) et en défense (2 erreurs au champ extérieur). Mais au total, on est loin de la horde sauvage de Defries / Smith / Masson / Igami / Vincent, qui écrasait tout sur son passage en fin de saison dernière. Les Huskies ont raté leur recrutement étranger, ou en tout cas ne l’ont pas réussi, et cela pèse souvent très lourd dans le déroulé d’une saison. 

Tête à claques

Dans les objectifs clairement énoncés par le staff technique des rouennais, il y avait le Challenge de France, qui leur échappe depuis 2022 (une disette de trois saisons, il faut remonter à 2003 – 2005 – 2006 pour la retrouver) et la Coupe d’Europe, organisée à domicile. Pour le Challenge, on n’a pas attendu longtemps pour être déçu. Dans le premier match, face à Béziers, les Huskies ont été incapables de marquer le moindre point pendant 7 manches contre un Timothy Guyonneau qui a fini la saison avec une ERA de 12,10. Bon, un accident ça arrive, Béziers était remonté à bloc, et le Challenge autorise l’erreur. Les Huskies se sont bien réveillés le lendemain en écrasant Toulouse 13-0, pour se affronter de nouveau les Pirates, mais avec cette fois l’ace biterrois Luis Gonzalez au monticule. Ce fut un solide combat, Béziers répliquant en 2è et 5è manche aux points marqués par les Huskies, et s’imposant en extra-inning, non sans que quelques tensions viennent colorer la fin du match. Adieu le Challenge, on se retrouvera en 2026. Un mois plus tard, le terrain Pierre-Rolland accueillait la Coupe d’Europe de baseball, une fête un peu gâchée par une pluie printanière aussi désagréable que constante, et beaucoup gâchée par une défaite en demi-finale contre Montpellier. À la manoeuvre, Owen Ozanich auquel le ciel normand a donné une cure de jouvence : 7 IP, 1 point mérité, 5 hits, 9K, 0 BB. Là encore les Huskies ont mené au score avant de se faire remonter et d’être incapables de repasser devant. Bon, une défaite en Coupe d’Europe, ça arrive, face à un lanceur qui sert une masterclass en plus. Mais ça fait beaucoup de « ça arrive » en peu de temps.
D’autant plus qu’en championnat, les Huskies, qui s’étaient emparés de la tête du classement après avoir remporté 8 de leurs 10 premiers matches, se sont fait sortir de cette première place avec une série de trois défaites consécutives, dont deux sur le terrain de Montpellier. Et qu’alors que tout semblait se remettre en place, un déplacement à La Rochelle allait se traduire par deux défaites sur des walk-offs plutôt embarrassants, avec des erreurs inadmissibles à ce niveau. Et cela commençait à faire beaucoup de claques reçues et de joues tendues pour les recevoir.

Le marathon de la rédemption

Après ce double déplacement en Charente, après les objectifs non atteints, après la valse des étrangers, les supporters des Huskies commençaient un peu à se gratter la tête et à se demander où allait vraiment leur équipe. Et s’il fallait déjà tirer le rideau sur la saison 2025. En plus, c’est Montpellier qui se rendait à Rouen. Le leader, la bête noire, le favori pour le titre. Les bookmakers donnaient les Barracudas favoris de ce double affrontement. Bon, d’accord, il n’y a pas de bookmakers dans le Championnat de France de baseball, mais on est persuadé que s’il y en avait, leur côte aurait été favorable aux Montpelliérains. C’est à ce moment que Rouen a sorti son meilleur match de la saison. Un combat pour l’histoire, un bras de fer de 4h30 et de 13 manches, terminé dans la nuit et les projecteurs, un match pour grandes personnes qui a peut-être tout changé pour les Huskies. Ils ont montré des valeurs qui semblaient appartenir au passé, une volonté de ne rien lâcher, une certitude de gagner, une pression constante mise sur l’adversaire jusqu’à le faire craquer au moment le plus important. Quand les Huskies, après avoir pris l’avance 3-0 puis 5-2 ont vu Montpellier égaliser en 8è manche, on s’est dit que cette équipe ne parviendrait décidément pas à remporter un match difficile. Puis Rouen a réussi a contenir la poussée des Barracudas. Quand Montpellier a pris les devants 6-5 en 12è manche, qu’on était à 2 retraits et 2 prises contre Martinez avec un coureur en 2è base, on s’est dit que le combat avait été beau, mais qu’il manquait un petit quelque chose. Puis Martinez a frappé un double. Quand Montpellier a marqué trois fois à son retour au bâton et que le 1er frappeur des Huskies a été retiré, on s’est dit que cette fois la barre était vraiment trop haute. Puis il y eut cette balle à double jeu totalement ratée par la défense de Montpellier, et la victoire au bout de l’effort. Rouen a enchaîné par une victoire 5-3 le lendemain puis par un double succès contre des Lions à court de forces. Mais ce qui compte surtout c’est cette victoire en 13è manche. Une victoire signature, sans doute la plus significative de l’ère Becquey, la première véritable victoire obtenue à la bagarre, au mental, à la Huskies (avec peut-être le match 1 de la demi-finale contre Toulouse en 2024). Une victoire essentielle pour aborder le play-offs en se disant que tout est possible, puisqu’on l’a déjà fait. 

Nouvelles stars

Ce ne sont pas les joueurs escomptés qui ont porté Rouen cette saison. S’il est toujours délicat de décerner un titre de MVP, on peut l’attribuer à Gabriel Harrison, qui à 24 ans, semble atteindre un autre palier. Il a été l’animateur de l’attaque des Huskies, particulièrement efficace quand il s’agit de produire : 25 RBI (3è et 1er français, à une unité des deux leaders Flores et Pilar), 8è en Win Probabilité Added, 3è en pourcentage d’efficacité sur les points attendus, et tout cela aurait été amélioré encore sans un petit break de milieu de saison. On y additionne une performance hors-norme à Béziers avec 4 hits et 7 RBI, et une vraie régularité, avec des hits frappés dans 20 matches sur 24, et seulement 8K concédés. Pour faire bonne mesure, il a été de très loin le meilleur 2è base défensif du championnat (2 erreurs et 56 assists en 199 manches), prenant une importance considérable dans tout le dispositif rouennais. Enfin, il s’est fait expulser lors de la dernière journée, ajoutant à son talent une petite marque de caractère et d’esprit winner. Le combo parfait. 

S’il y en a qui peut lui aussi revendiquer le titre de MVP, c’est Louis Brainville, ne serait-ce que parce qu’il termine avec le meilleur WAR (cette statistique qui prend en compte tous les aspects du jeu) des Huskies, 3,05, le 5è meilleur et le 1er français. Ce qui a suscité l’intérêt, c’est d’abord son jeu défensif, après une saison difficile. Il a été dominant et même spectaculaire en 3è base, l’indiscutable meilleur à son poste de toute la D1, donnant en plus de sérieux coups de main au catch en fin de saison. En attaque, là aussi, on a retrouvé le Brainville dangereux et percutant : .314, 8 doubles, 1 triples, 2 home-runs, 24 RBI. Ce qui a été remarquable, c’est son approche à la frappe. Par exemple, s’il est un des frappeurs de D1 à s’élancer le plus souvent sur le 1er pitch, ce n’est pas pour rien : .345 de moyenne. Et surtout, alors qu’il était habitué à des ratios de strike-outs assez élevés (16,45 % de moyenne depuis 2018, 18,14 % ces deux dernières années), il a terminé avec le plus bas de toute la D1 cette saison (3,1 %). 

Au pitching, comment ne pas remarquer l’éclosion d’Arthur Magnien, qui a tenu un rôle essentiel dans le bullpen des Huskies (12 apparitions en relève). On a été inquiétés par sa première sortie contre Béziers, 3 points en 2,1 IP. Mais il a gardé toute la confiance de son coach, ce qui l’a mis dans les meilleures conditions pour réussir. Sans ce premier match, son ERA est de 1,65, et même en le conservant, il finit avec 2,29, dans le top 10, où on le retrouve aussi dans le batting average et l’OPS des adversaires. Il performe aussi dans une stat avancée importante qu’est le Left On Base, la capacité à empêcher les adversaires de marquer, où il se classe au 1er rang avec 78 % de réussite. Tout n’est pas parfait, mais coach Becquey sait que quand il confie la balle à son jeune releveur, il peut s’attendre à ce que le travail doit fait. 

Et maintenant ?

Tout ce qui vient d’être écrit ne sert en fait à rien désormais. Ce sont les 3 à 10 matches que les Huskies vont disputer dans les prochaines semaines qui donneront la coloration exacte et précise de la saison. Si Rouen vient à chuter, en demi-finale ou en finale, ce sera une deuxième année blanche en trois exercices, et un hiver compliqué à chercher des solutions. Si Rouen retrouve tout son potentiel et joue au baseball comme les Huskies savent le faire, et remporte un nouveau titre, les déboires, les difficultés, les échecs seront oubliés. Car ce qui compte avant tout pour Rouen, c’est gagner le dernier match de la saison. 

Les Huskies sont-ils en mesure de le faire ? Ils affrontent pour commencer une équipe de Toulouse qui n’a rien à perdre et regorge de talent. Après, il faudra se coltiner soit le numéro 1 de la saison, soit leur bête noire. Le parcours n’est pas sans embûches.

À l’analyse d’une saison chaotique, avec quelques faiblesses récurrentes, on peut émettre quelques doutes. Au regard des éclairs de potentiels affichés çà et là, on peut se dire que Rouen à tous les atouts pour conserver son bien. En fait, c’est très simple : si chacun joue à son meilleur niveau, techniquement et psychologiquement, les Huskies seront très difficiles à battre. Rouen n’aime rien tant que les heures décisives de fin de saison, où chaque jeu contient en lui les germes de la victoire ou le poison de la défaite, où chaque action est cruciale, où chaque responsabilité individuelle permet de transcender la réussite collective. Les Huskies ne sont plus cette machine impitoyable qui se mettait en position de champion quand venaient les play-offs et qui faisait plier les adversaires les plus déterminés. Ils sont d’un autre calibre, peut-être un peu plus fragiles, moins sûrs de leurs forces, mais ils ont dans leurs bras, leurs jambes, leurs têtes, tous les ingrédients pour aller au bout. On attend maintenant leur démonstration. 



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