03 Sep Une histoire de suspens
Les face-à-face entre Rouen et Montpellier en phase finale ou en matches décisifs ont très souvent abouti à des scénarios exceptionnels, où le suspens a régné en maître. Retour sur quelques moments marquants de l’histoire entre les deux clubs.
Si on attend avec autant d’impatience, d’excitation, la finale entre Rouen et Montpellier, c’est que les précédents affrontements entre les deux formations ont laissé des souvenirs très marquants. Des matches au couteau, des renversements de situation improbables, des bras de fer à couper le souffle. Certes, sur la longueur, les Huskies sont au-dessus : 76 victoires, 35 défaites. Mais tout ne fut pas simple.
Revenons au tout début de l’aventure. Premier match de la saison 2002. Les Huskies arrivent modestement de l’étage inférieur. Premier déplacement à Veyrassi, face à une des meilleures équipes du moment, qui, d’ailleurs le fait savoir par son attitude à cette bande de jeunes normands sans expérience ni palmarès. Les Huskies s’imposent deux fois. Contre toute attente. La préface d’un roman fabuleux, le premier coup d’éclat d’une dynastie qui va écraser le baseball français pendant plus de 20 ans.
L’année suivante, les Huskies et les Barracudas se retrouvent pour le match décisif de leur groupe du Challenge de France, une véritable demi-finale. Christian Chénard effectue une master class au monticule et Rouen s’impose 5-0. Mais une cruelle désillusion survient pour les Huskies en 2004. Après une saison en demi-teinte, une quatrième place arrachée de peine et de misère, ils doivent se rendre à Montpellier pour une demi-finale 2 de 3. Ils sont dans le match, mais l’attaque ne produit pas et la défense craque en fin de match. L’équipe locale s’impose 4-3 et 5-3. C’est le début d’une série de mésaventures pour les rouennais face aux sudistes, dans deux éditions du Challenge de France.
En 2006, à Rouen, Montpellier gagne le match d’ouverture 9-3 et contribue à éliminer Rouen au 1er tour. En 2008, à Clermont-Ferrand et Saint-Just, Montpellier remet ça, cette fois dans le dernier match de la poule, avec une victoire 5-2.
2011, le monument
Entre-temps, les Huskies se sont imposés lors de la demi-finale 2007 du championnat, dans un scénario qui aura tendance à devenir un classique : perte du premier match (6-7), victoire dans les trois suivants (7-4, 13-3, 6-4). Les deux équipes se retrouvent aussi en demi-finale du Challenge 2011, avec un succès 3-1 des Huskies.
Jusque-là, on s’évitait soigneusement en finale. Il fallait que cela survienne un jour. En 2011. Ce sera un monument. À Montpellier, rien ne marche pour les Huskies. La lutte est féroce dans le 1er match, Rouen prend les devants 2-0, Montpellier égalise, on va jusqu’à la 10e manche, et Anthony Cros vient trancher les débats. Dans le match suivant, c’est une promenade de santé pour Laurent Andrades (match complet, 5 hits), dans une victoire 8-3 qui n’a jamais souffert contestation. Rouen est mené 0-2. Avec robin Roy au management, pas question de paniquer, de tout remettre en question. Simplement de travailler et de jouer au baseball. Le match 3 est un duel entre Crystal et Navarro au monticule. Montpellier veut montrer qui est le patron et frappe fort dès la 1re manche, mais un jeu parfait Bert – Becquey – Marche vient couper Didier au marbre et sauve les meubles pour Rouen. Les Huskies parviennent à se détacher en fin de match sur des erreurs défensives et s’imposent 4-2. Dans le match 4, c’est un duel Ozanich – Ware. La tension monte d’un cran quand Montpellier mène 1-0 et que les battes des Huskies sont totalement éteintes. C’est la vitesse (vols de bases, coups-sûrs au champ intérieur) qui permet à Rouen de prendre les devants 2-1 en 4e manche. Le lanceur des Barracudas sera expulsé par la suite, et Rouen ne donnera plus rien à l’attaque adverse pour s’imposer 4-1 et forcer la tenue d’un match décisif. Robin Roy donne la balle à Keino Perez pour affronter le bourreau des Huskies du match aller, Laurent Andrades. Montpellier frappe le premier par un home-run d’Anthony Cros, puis Rouen égalise avec un double d’Hagiwara poussé au marbre par Thomas. C’est 2-2 en 5e manche quand David Gauthier propulse la balle loin dans la gauche et fait passer Rouen devant. En 6e, un double de Thomas fait marquer Crystal. Mais Anthony Cros frappe un double qui porte le score à 3-4 en 7e. La finale va basculer sur cette même action : Zuaznabar poursuit sa course vers le marbre, le jeu défensif des rouennais est parfait, d’Hagiwara à Piquet à Marche le retrait est effectué, la manche terminée. Malgré quelques frayeurs, Anthony Piquet viendra fermer la porte et mettre le point d’exclamation à une remontée incroyable.
Les deux équipes vont de nouveau croiser le fer en demi-finale du championnat 2013 et en demi-finale du challenge 2015, sans que le suspens soit à la hauteur de l’épisode 2011.
2015, les imbattables mis à mal
2015 sera l’année des retrouvailles en finale du championnat. Les Huskies ont marché sur la saison régulière (29-1), gagné le challenge, écarté sans ménagement le PUC en demi-finale, et envoient au monticule dans la 1er match leur ace, Jeff MacKenzie : 13 victoires, 0 défaite, une moyenne de points mérités de 0,35, 10,6 K par 9 manches, .138 de moyenne contre lui. Autrement dit, la définition d’imbattable, d’autant plus que l’attaque compte sur sept frappeurs avec une moyenne supérieure à .340. On voit mal qui pourrait enrayer cette machine à tout gagner. Nous, répondent les Barracudas. Avec Guillaume Felices à la manœuvre offensive (3 RBI) et un Musson intraitable (match complet), ils bousculent les Huskies et s’imposent 4-0 dans le 1er match. Les rouennais, qui n’ont pas l’habitude de perdre, sont sonnés. Comment vont-ils réagir ? En envoyant Owen Ozanich au monticule. Leur lanceur n°2, qui a une fiche de 8-1, 1,27 de ERA et .162 de BAA. Pas mal, pour un numéro deux… Il va dominer pendant 8 superbes manches(6 hits, 10 K, 1BB) l’attaque de Montpellier tandis que celle des Huskies se règle contre les deux Thomas, Langloys et Meley : 10 hits, dont 5 de Lefevre et Piquet. Le score de 3-0 montre toutefois que rien n’est facile.
On se retrouve au terrain Pierre-Rolland le week-end suivant. Rouen se détache petit à petit jusqu’à mener 5-1 en 8e manche puis 6-2 en 9e sur le home-run et 3e point produit de la journée de Dagneau. Mais Montpellier ne cède pas, marque deux fois avec les buts remplis face à Vaugelade, qui parviendra toutefois à sauver les meubles face au dangereux Martin avec un coureur en 3. Dans le match 4, les Huskies pensent avoir fait le plus dur quand ils marquent 5 fois en 3e manche, sur 3 hits et 2 erreurs. Ils mènent 6-1 après 7 manches, et tout va bien. Même si un roulant de Martin porte le score à 6-2 en 8e, pas de souci. Ceux-ci surviennent en 9e. Une erreur et un hit font marquer Montpellier deux fois. La chaleur monte de plusieurs crans quand Moschetti est retiré sur une interférence. Puis les Barracudas remplissent les sentiers avec deux retraits et Martin au bâton. MacKenzie est appelé en extrême urgence et retire son compatriote sur trois prises pour sceller la victoire rouennaise.
C’est un scénario presque similaire qui va se reproduire l’année suivante, en 2016, cette fois en Coupe CEB co-organisée par Rouen et Chartres. Huskies et Barracudas se retrouvent en finale. Rouen, avec un Vaugelade ultra dominant sur la butte (7 IP, 0 ER, 4 hits), prend les devants et mène 5-0 après 7 manches. Même si Montpellier marque une fois en 8e, jusque-là tout va bien, pour Rouen. Mais ça se gâte en 9e. A.Piquet doit relever Habeck avec les buts remplis, aucun retrait, et le cœur de l’alignement des Barracudas à affronter. Le breton réalisera une performance exceptionnelle en ne donnant qu’un seul point.
Des innings extra
Ce sera encore une remontée incroyable mais insuffisante lors d’une nouvelle coupe d’Europe, en 2022 à Rouen. Les deux formations se retrouvent en demi-finale, Rouen chasse Ozanich en 5e manche, mène 7-1 après 8 manches, Yaeferson Gomez domine, rien ne peut arriver. Sauf que 5 des 6 premiers frappeurs montpelliérains se rendent sur les sentiers en 9e manche, et qu’un double de Brossier porte le score à 5-7, puis 6-7 sur le simple de Soriano. C’est au tour de Prioul de venir sauver la patrie en retirant Zan sur trois prises.
On a passé rapidement sur la finale du Challenge 2021 (une promenade de santé pour Canelon et ses équipiers, 15-1), pour revenir à la demi-finale du Championnat 2021. Rouen gagne deux fois à Montpellier, d’un rien, au terme de superbes combats. Le face-à-face Casanova – Camacho dans le match 3 est exceptionnel, tranché par un home-run de Soliveres (1-0). Et que dire du mano-a-mano Prioul – Canelon du match 4, qui tiendra tout le monde en haleine jusqu’au triple de Blondel en 8e manche (2-1).
La demi-finale 2022 restera elle aussi dans les mémoires, pour le scénario inimaginable du match 2. Montpellier danse sur les Huskies. Brossier et Anderson frappent tout ce qui bouge et Mathis Nayral met l’attaque rouennaise dans sa poche. C’est 8-0 quand les Huskies se présentent à l’attaque en dernière manche. Les Huskies recevront 9 buts sur balles, ne frapperont qu’un seul hit (un double de Bert), profiteront d’une erreur, marqueront 4 points après deux retraits et produiront l’égalité 8-8, après avoir envoyé 14 frappeurs à la plaque. Montpellier marque deux fois en 10e , Rouen réplique aussitôt. Même chose en 11e manche. Et en 12e manche. Mais cette fois, Rouen marquera trois fois à son retour à la frappe, Vissac produisant le 13e point vainqueur, après 3h55 de jeu dont 2 heures pour les 4 derniers innings…
Puisqu’on parle de scénario de folie, il faut revenir sur un match de la saison régulière 2025, il y a quelques semaines, qui est encore dans toutes les mémoires, ces 4h30 de jeu achevées en 11e manche par l’erreur de Flores sur la frappe de Brainville. Et ne pas oublier non plus l’étouffante demi-finale de la Coupe d’Europe, sous la pluie normande, gagnée 2-1 par les Barracudas.
Que de matches finis avec un ou deux points d’écarts, que de remontées fantastiques, que de sorts cruels et de triomphes inespérés… Puisse la finale 2025 écrire à son tour de nouvelles pages inoubliables de ce grand livre d’histoire.
Rouen – Montpellier en phase finale
Championnat de France
2004, demi-finale : Montpellier b. Rouen 2-0 (4-3, 5-3)
2007, demi-finale : Rouen b. Montpellier 3-1 (6-7, 7-4, 13-3, 6-4)
2011, finale : Rouen b. Montpellier 3-2 (3-4, 3-8, 4-1, 4-2, 4-3)
2013, demi-finale : Rouen b. Montpellier 3-1 (1-4, 3-2, 11-1, 3-2)
2015, finale : Rouen b. Montpellier 3-1 (0-4, 3-0, 6-4, 6-4)
2021, demi-finale : Rouen b. Montpelier 3-1 (2-0, 4-3, 0-1, 2-1)
2022, demi-finale : Rouen b. Montpellier 3-0 (2-0, 13-12, 7-5)
Challenge de France
2007, demi-finale : Rouen b. Montpellier 11-3
2011, demi-finale : Rouen b. Montpellier 3-1
2014, demi-finale : Montpellier b. Rouen 3-2
2015, demi-finale : Rouen b. Montpellier 8-3
2016, demi-finale : Rouen b. Montpellier 2-0
2021, finale : Montpellier b. Rouen 15-1
2023, demi-finale : Rouen b. Montpellier 13-1
Coupes d’Europe
2016, coupe CEB, finale : Rouen b. Montpellier 5-2
2022, coupe Confédération, demi-finale : Rouen b. Montpellier 7-6
2025, coupe d’Europe, demi-finale : Montpellier b. Rouen 2-1.
Jake McKenzie lors de la finale 2015. Le titre 2015. Boris Marche retire un montpellierain au marbre lors de la finale 2011