L’épopée en héritage

Les Huskies ont survolé la finale 2025 (victoire 3/0 5-2, 7-1 et 11-7). Ce n’était pas gagné d’avance, mais avec Rouen, c’est toujours gagné après.

On va ranger les statistiques au placard. Ne plus effectuer des calculs de probabilité, chercher à estimer les chances de victoire en fonction des résultats passés. Mettre sans regret à la poubelle les runs expectancy, linear weight, fielding independant pitching et autres éléments de performances avancés. C’est fini, tout ça. Une seule stat doit être prise en considération dans le baseball français. Sur les 22 dernières finales de championnat de France, Rouen en a joué 19, et gagné 19. Tout le reste n’est que littérature.

Il y a quelque chose de mystérieux et d’inéluctable dans le déroulé de la finale 2025. Le mystère, c’est de chercher à comprendre comment cette équipe parfois en souffrance, quelquefois ordinaire, rarement dominatrice, avec tant de vents contraires pour ralentir sa route, a pu balayer des Barracudas qui paraissaient, aux yeux de bien des observateurs, très sûrs de leurs forces et au-dessus du lot. L’inéluctable, c’est cette façon dont les Huskies jouent leurs finales, avec un pourcentage d’échec réduit à sa plus simple expression, des jeux parfaitement exécutés, et une férocité de prédateur quand vient le moment de porter l’estocade.

Il faut bien admettre que la culture succès se transmet de génération en génération chez les Huskies. Cela part de l’engagement et du travail acharné de l’équipe dirigeante, cela continue par la passion des supporters. Cela se traduit enfin par cette façon de penser, de concevoir et de jouer au baseball, et de savoir gagner. Dans ce 19è titre, il y a un peu de l’ADN de tous les coaches qui se sont succédé depuis 2003, de tous les joueurs qui ont soulevé la Coupe depuis le premier triomphe contre les Lions (ce fut aussi un balayage). Avec cette impression forte que personne ne veut être celui qui sera le premier à perdre une finale de championnat.  Cela non plus ne se calcule pas dans des formules mathématiques. Une interrogation demeure : est-ce que Rouen a remporté la finale ou est-ce que Montpellier l’a perdue ? Parce les Barracudas ont joué bien en deçà de leur niveau de la saison. Il y eut quelques solides contre-performances, qu’il était difficile de prévoir. Il y eut aussi des errements défensifs, qui ont coûté très cher et qui pouvaient, eux, être plus attendus. Mais n’est-ce pas en raison du niveau de jeu des rouennais ? Avec ces at-bats construits, avec ces doubles jeux d’école, avec cette efficacité de sniper quand venait le temps de conclure, Rouen a étouffé Montpellier, l’a empêché de respirer, de prendre confiance, de déployer son jeu. Oui, les Barracudas n’ont pas joué au niveau attendu. Mais que pouvaient-ils faire face à cette machine de guerre ?

Dans le match 3, tout, ou presque, s’est joué en 1ère manche. Le premier frappeur des Huskies, Jake MacKenzie, cogne un puissant double au champ droit. Comme pour montrer que les Huskies reprenaient exactement le match là où ils l’avaient laissé une semaine plus tôt. Pour dire qu’ils ne sont pas venus à Montpellier pour jouer 3 matches, mais boucler l’affaire au plus vite. Au tour des Barracudas de passer à la frappe. Flores frappe un coup-sûr. Mais il sera retiré, très facilement, en tentative de vol. Là aussi, le message est passé : vous ne pourrez rien faire contre notre défense. Certes, c’était toujours 0-0 après une manche. Mais Rouen avait déjà marqué ce match de son empreinte. Bien sûr, Montpellier a pris ensuite les devants 1-0, puis 2-0. Et puis l’inexorable s’est produit. Des frappes solides, des erreurs, des points qui défilent. Les Barracudas n’ont rien lâché. Ce n’est pas dans leurs habitudes. Mais la dernière manche fut, elle aussi, très symbolique. C’est Martinez qui vient sortir de nulle part un triple décisif, son seul coup-sûr de la finale, démonstration que l’attaque des Huskies est dangereuse à chaque étage, et que chacun peut apporter sa contribution. Et puis l’ultime espoir des Barracudas s’est éteint dans un double-jeu parfaitement tourné, comme une évidence d’un jeu défensif sans faille. 

Et voilà comment Rouen a gagné. Les Huskies, cette saison, ont inscrit quelques pages sombres dans leur légende : jamais ils n’avaient été éliminés deux fois de suite au premier tour du challenge, jamais ils n’avaient perdu trois matches d’affilée en championnat, jamais ils ne s’étaient inclinés à domicile dans une compétition européenne. Mais jamais les Huskies n’avaient remporté deux finales de suite sur la marque de 3-0. Coach Becquey n’a jamais perdu en finale. C’est un beau chapitre du grand livre d’histoire des huskies.

On a dit que les stats ne servent à rien. Allez, quelques-unes quand même pour mieux comprendre la domination rouennaise et surtout à quel point les Huskies n’ont jamais laissé respirer leurs adversaires : ils ont mis 10 fois (37 %, c’est assez élevé), le premier frappeur sur les sentiers. Ils ont mis 59 coureurs sur bases (contre 34 à Montpellier), sont arrivés 49 fois en position de marquer (contre 20 à Montpellier) et ont frappé pour .395 avec 2 retraits, marquant 15 de leurs 23 points dans cette situation. Ils ont dominé la bataille souvent décisive du haut de line-up (.488 contre .323). On pourra aussi parler des 9 bases volées à 2 ou des 2 erreurs à 10, pour conclure très simplement que Rouen a dominé cette finale de la tête est des épaules. Ils ont déjà en tête le changement de dizaine. De glaner ce 20è titre, qui correspondra à leur 40è anniversaire. Qui leur permettra d’asseoir un peu plus leur statut de l’équipe du siècle. Qui agacera toujours davantage leurs détracteurs, lassés de leur supériorité.  C’est un peu trop tôt pour y penser ? Peut-être, mais avec les Huskies, il faut être prêt à tout.



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