15 Sep L’histoire sera belle
En menant 2-0 et en jouant un baseball quasi parfait, les Huskies ont montré leur force . Mais rien n’est acquis, face à des Barracudas intraitables à domicile.
Le week-end parfait… Et on ne parle pas de la météo, qui se faisait estivale en ces premiers jours de septembre. Non, on évoque la performance des Huskies. Ils dominé en long, en large et en travers des Barracudas qui ne s’attendaient sans doute pas à un tel niveau d’adversité. Les Huskies, tout d’un coup, ont retrouvé la lumière. Ils ont été véritablement impressionnants. Ils ont su se mettre en mode finale, donnant l’impression parfois aux plus anciens de retrouver quelques éditions précédentes qui écrasaient la concurrence sans un regard et sans un regret, quand vient le temps d’aller chercher un titre. 2-0 après le premier week-end, pas certain que les supporters rouennais auraient misé beaucoup sur un tel résultat. Ils en rêvaient peut-être. Leurs joueurs, eux, étaient parfaitement réveillés et se sont mis dans une position idéale pour compter jusqu’à 19, quand on évoquera la liste des championnats remportés par Rouen.
Mais voilà qu’arrive la montagne Veyrassi. L’antre imprenable des Barracudas. Ce terrain aux immenses allées, où la balle roule, roule, et emporte avec elle les espoirs de victoire des adversaires. Ce terrain dur, qui fait mal aux jambes, qui rend chaque effort plus difficile, chaque minute plus longue. Et puis voilà que le soleil vient impitoyablement rappeler à l’autre qu’ici, c’est le sud, et que l’ennemi n’est pas bienvenu. Ces longues heures sous les tôles d’un abri qui devient une fournaise, et l’éclat blanc des roches qui aveugle, et le vent qui s’invite à la fête, fait voler le sable, fait tourner les têtes. Qu’ils sont durs, ces longs déplacements à travers la France pour passer des heures face à des Barracudas qui se nourrissent de cette ambiance de feu, où la mise à mort de l’adversaire n’est jamais bien loin. Qu’il y en a eu des matches irrespirables, qui se jouent à rien, un détail, un rebond, mais cepetit rien, ce détail, ce rebond, ils tournent si souvent à l’avantage de Montpellier.
La bonne recette
On ne dit pas que c’est impossible de gagner un match à Montpellier. Après tout, les Barracudas n’en ont gagné que 77 sur les 100 derniers joués à domicile. Mais cette saison, c’est autre chose. 15 matches, 15 victoires. C’est là où Flores à un OPS de 1.382 et n’a été retiré qu’une seule fois sur trois prises en 34 at-bats. Où Kovacs frappe pour .442, Guiraud pour .458, Brossier pour .404, Monks pour .500. C’est là où Vera à une fiche de 8-0 en 8 départs avec une moyenne de points mérités de 0,56 et un WHIP de 0,79. Là où les Barracudas ont marqué 83 points de plus, frappé 73 hits de plus que leurs opposants. Ils sont chez eux. Prêts à gagner trois matches sans laisser rien d’autre aux Huskies qu’une belle semaine pour rêver.
Alors oui, 2-0, c’est bien, c’est énorme, c’est inespéré. Mais ce n’est absolument rien. Le plus dur commence. Aller chercher cette troisième victoire, et ce serait mieux le plus tôt possible. Mais quand ils mènent 2-0, les Huskies ne sont que 4-4. Et oui, ça ne se balaye pas comme ça, une finale. Ils ne sont même que 11-7 dans les matches 3. En fait, ils doivent prendre l’affrontement de samedi comme s’ils étaient menés 0-2. Comme s’ils étaient dos au mur, qu’il fallait gagner à tout prix. Pas en faisant n’importe quoi, surtout. Parce que, finalement, ils ont trouvé la recette, celle à laquelle il a manqué des ingrédients tout au long de la saison. Ils ont retrouvé cette belle efficacité défensive qui semblait s’être endormie ces derniers temps : 0 erreur en 2 matches, c’est la 5è fois de la saison que cela se produit. Et une attaque qui frappe plus de 10 hits, ce qui n’était pas arrivé en demi-finale. Quand ils commettent 0 ou 1 erreur, ils sont 15-3. Quand ils frappent 10 hits ou plus, ils sont 16-1. Mais surtout, les Huskies ont gardé les choses simples. Défensivement, notamment, où tous les jeux de routine ont été effectués, ce qui donne confiance pour sortir quelques tours de magie quand il le faut.
Tout a si bien fonctionné. Trop bien peut-être. Rouen a totalement éclipsé les Barracudas : .321 avec des coureurs en position de marquer contre .154. 36 coureurs sur les sentiers contre 19. .400 après deux retraits contre .250. .354 avec 2 strikes contre .143. 20,9 de win probability added contre – 79. Même topo individuellement : Vera chassé du match avant la 6è manche, ce qui ne lui était arrivé que deux fois, tandis que Mercadier et Livian slalomaient sans encombre à travers le line-up montpelliérain. Et que dire évidemment de Flood, qui a marché sur l’eau. On ose à peine mentionner sur 2.043 d’OPS, son 1.143 de slugging, son 29,6 de WPA, tellement c’est indécent. C’était plus facile ensuite pour Harrison, Brainville, Bert, et leurs amis de produire des points.
Rouen était sur un nuage. Reproduire le même niveau de performance parait relever du miracle. Et, au moindre relâchement, les Barracudas seront prêts à s’engouffrer dans la brèche. C’est un nouveau combat qui s’annonce. Il sera différent, forcément différent. Cette finale 2025 n’a pas encore dit tous ses secrets. Et quoiqu’il arrive, l’histoire sera belle, celle d’un retournement inouï d’une équipe qui sera allée chercher au fond d’elle-même des ressources exceptionnelles, ou celle d’une éternelle confirmation d’un champion qui ne sait pas ce que perdre veut dire. On en salive d’avance.