Boutagra, fan du baseball nippon

Jamel Boutagra a été l’un des meilleurs joueurs de sa génération. Pilier de l’équipe de France durant une quinzaine d’années, il a été l’un des premiers Français à jouer au Japon (après Arnaud Fau – 1996/1998 – avec l’équipe Miki house). Aujourd’hui manager de Paris, il ne cache pas son admiration pour le baseball nippon.

Peux-tu nous rappeler ton expérience au Japon ? Quand y as-tu joué ? Dans quelle équipe ?
Mon expérience au Japon est indissociable de ma relation avec Monsieur Yoshida (Yoshida Yoshida, légende du baseball nippon, qui fut son mentor NDLR). Il m’a invité et accompagné pour des essais en 1996 dans différentes équipes semi-professionnelles à Hiroshima, Yokohama et Osaka. J’ai ensuite été intégré, avec d’autres joueurs français, au camp d’entraînement des Hanshin Tigers en 1997 et 1998. J’ai retrouvé ce même camp en 2009 et 2010, cette fois-ci en tant que coach.

Comment qualifierais-tu le baseball japonais ? Peux-tu nous expliquer le phénomène ? L’ambiance ?
Le baseball japonais a influencé tout le baseball asiatique. Il est principalement basé sur un travail physique et technique exigeant. L’éducation du joueur japonais repose sur la répétition minutieuse des gestes techniques.
Les Japonais tirent une grande fierté du résultat de leur travail, une fierté ancrée dans des valeurs d’humilité, d’investissement total et de dévouement. Le baseball, importé par une nation rivale, est devenu un formidable terrain d’expression et de revanche symbolique sur l’histoire, mais il va bien au-delà de cela.
L’ambiance dans les stades est comparable à celle des stades de football en Amérique du Sud. Les supporters encouragent leur équipe de la première à la dernière manche avec des chants et des musiques spécifiquement organisés pour chaque joueur. C’est le sport national, et un match important peut être suivi par des dizaines de millions de spectateurs.

Pourquoi le baseball japonais est-il différent du baseball américain ?
Le baseball japonais et le baseball américain diffèrent fondamentalement par la culture. Au Japon, le baseball s’est imprégné des traditions locales, plaçant le travail et la discipline au cœur de sa pratique. Le nombre d’heures d’entraînement y est bien plus élevé, peut-être aussi pour compenser une différence physique athlétique. Les Japonais sont souvent plus attachés à la maîtrise technique pure que leurs homologues américains.
Aujourd’hui, un joueur comme Ohtani, véritable archétype de l’excellence sportive et humaine, bouleverse et inspire toute une génération de jeunes joueurs de baseball à travers le monde. Cet athlète hors norme, qu’on ne rencontre que tous les cent ans, est le pur produit de la culture et du baseball japonais.

Penses-tu que des baseballeurs français pourraient jouer au Japon ou des Japonais en France ?
Je pense de plus en plus que des joueurs français de bon niveau pourraient un jour jouer au Japon, et je suis persuadé que cela arrivera bientôt. Dans l’autre sens, nous accueillons déjà depuis quelques années des joueurs japonais en France. Cela dépend aussi de l’état d’esprit et de l’approche des managers des équipes de Division 1. Personnellement, j’apprécie beaucoup la présence de joueurs japonais car je sais qu’ils seront sérieux et d’excellents coéquipiers. C’est assez facile de prendre un joueur japonais comme exemple pour un jeune joueur français.

Jamel Boutagra aux côtés de Yoshio Yoshida en 1996
Jamel Boutagra a retrouvé son mentor il y a quelques années à Tokyo
Jamel Boutagra à Tokyo


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