11 Juin Europe, le savoir faire rouennais
Voyages, matériel, gestion des lanceurs, récupération, adaptation à des adversaires méconnus… Une Coupe d’Europe est un défi à part dans la saison d’un club de baseball. Avant le départ des Huskies de Rouen pour Karlovac, en Croatie, nous avons réuni deux hommes qui connaissent parfaitement cette compétition : François Colombier, acteur de nombreuses campagnes européennes rouennaises, et Quentin Becquey, manager de l’équipe actuelle. Ensemble, ils dévoilent les secrets de préparation d’un rendez-vous où la moindre erreur peut coûter cher et où l’expérience devient souvent une arme décisive.
À partir de quand commence réellement la préparation d’une Coupe d’Europe ?
François Colombier: J’aurai tendance à dire qu’elle se prépare dès le dernier retrait de l’édition précédente. On aime tellement cette compétition qu’on la garde dans un coin de la tête tout le temps. Ne serait-ce que lors du recrutement hivernal. Evidemment, plus l’épreuve approche, plus on est attentifs à la gestion des lanceurs et à la montée en puissance de l’ensemble du groupe.
Quentin Becquey: La préparation à la Coupe d’Europe commence dès l’hiver précédant la saison. Si nous voulons être compétitifs sur la scène européenne, il faut s’entraîner plus que les autres. Les semaines précédant la compétition, permettent de faire quelques réglages au niveau individuel.
Quelle est la principale différence avec un déplacement de championnat ?
François Colombier: C’est plus facile d’obtenir des hôtels plus confortables et des repas plus consistants de la part des dirigeants ! Blague à part, c’est un gros travail en amont, choisir le mode de transport, comment faire sur place, etc… Mais les dirigeants sont bien rodés à cet exercice. Cela dit, pour l’édition 2007, celle de la finale, celle qui laisse le meilleur souvenir à presque tout le monde, on était dans un hôtel minable sans climatisation avec une literie disons problématique. Ce n’est pas l’hôtel qui fait gagner…
Quentin Becquey: La différence majeure est l’organisation. En championnat, l’équipe qui visite est de passage ; le confort et l’accueil dépend de la culture locale. En Coupe d’Europe ils sont obligatoires et même régis par un cahier des charges. Le ou les clubs organisateurs veulent qu’on reparte avec la meilleure expérience extra sportive possible.
Combien de scénarios préparez-vous pour la gestion des lanceurs
François Colombier: Ce que je peux dire c’est que quel que soit le nombre de scénarios qu’on prépare, ça n’arrive pratiquement jamais que cela se passe à 100 % comme prévu. Ce qui a été décidé très tôt, c’est de mettre nos meilleurs lanceurs contre les meilleures équipes.
Quentin Becquey: Aucune limite, tout est possible en termes de scénario ; maintenant, la clé est de prendre les meilleures décisions le plus rapidement possible sans se tromper.
Quelle importance accordez-vous à la récupération ?
François Colombier: C’est intense, donc difficile. Il faut veiller à beaucoup de détails dans le sommeil, le repos, la nourriture. Mais les joueurs savent aussi se gérer, enfin ils le savaient il y a quelques années. Après, c’est un principe vieux comme le sport, quand on gagne, on récupère beaucoup plus vite.
Quentin Becquey: La récupération en championnat, au Challenge de France, en Coupe d’Europe ou championnat d’Europe, est très importante. La récupération peut faire la différence entre deux collectifs, surtout lors du sprint final. Même si certains joueurs sont autonomes là-dessus, c’est mon boulot de m’assurer qu’ils fassent le nécessaire en temps et en heure. Au Challenge de France, le format des matchs de 7 manches permet d’être un peu plus souple en termes de récupération, mais sur des matches de 9 manches tous les jours, un blessé peut tout changer. C’est pour cela que nous avons un Kiné en Coupe d’Europe, afin d’assurer la préparation physique d’avant-match et la récupération (bain froid, piscine, pressothérapie). Un joueur qui se sent bien est plus apte à performer ; au staff de s’assurer que ce soit le cas pour tout le monde.
Comment avoir des infos sur nos adversaires ?
François Colombier: C’était beaucoup plus compliqué par le passé. Aujourd’hui, les stats sont présentes partout, on peut visionner des matches. Mais rien ne remplace le fait d’aller les scouter sur place.
Quentin Becquey: Internet, aujourd’hui, tout est sur le Net. Il suffit de bien chercher.
Quels sont les pièges d’une compétition aussi courte ? François Colombier: Je ne vois pas de pièges à proprement parler. C’est sûr qu’une défaite le premier jour peut changer les choses. Mais il y a toujours moyen de se rattraper.
Quentin Becquey: Le piège, c’est l’économie des moyens. J’entends par là, de sous-estimer un adversaire. Mettre un lanceur moins fort face à une équipe moins dominante, et finir pas perdre ce match-là, peut avoir des conséquences très graves, même si c’est le match 1. Il faut gagner tous les matchs.
Quel est l’objectif sportif des Huskies ?
François Colombier: Je ne peux pas répondre à la place de coach Becquey !
Quentin Becquey: L’objectif est gagner la BECC 26. Nous voulons faire mieux que la 3e place de l’année dernière. L’objectif à long terme est de retrouver le groupe A européen, là où Rouen a fait ses armes par le passé. Notre place est là-haut, on en est tous convaincus. Le chemin est long pour y arriver, mais c’est notre objectif.
Quel souvenir européen vous a le plus marqué comme joueur ou entraîneur ?
François Colombier: Ô c’est la question piège… Je pourrais en citer tellement. Allez je donne mon podium. En premier lieu, la victoire en demi-finale 2007, avec le travail énorme de N.Dubaut, la relève de folie de Perez, Scalabrini qui torture le pitching adverse. C’est un monument. Sur la 2ème place, c’est un peu plus personnel, la victoire contre Amsterdam en 2009, parce que j’étais le manager, pace que c’était Robin Roy qui lançait et qu’il venait de triompher du cancer. Et pour compléter le podium, la victoire à Rotterdam en 2012, parce que c’était un exploit grandeur nature, et aussi pour avoir vu Xavier Rolland faire le tour des bases après le match, je ne l’avais jamais vu courir aussi vite (photo).
Quentin Becquey: En tant que joueur, mon plus grand souvenir, c’est la Coupe d’Europe A en 2012 à Rotterdam. On s’incline face à Nettuno 4-2 mais on gagne contre Rotterdam Neptunus 6-3 (chez eux), contre Barcelone 12-3, contre Regensbourg 4-2 (photo) et contre Technika Brno 12-0, on finit la phase qualificative avec une fiche de 4 victoires et 1 défaite, pour se qualifier au Final Four à Nettuno 2 mois plus tard. Rouen dans le top 4 européen aux côtés de Nettuno, Bologne et Amsterdam, voilà l’origine de ma motivation pour notre objectif du retour en groupe A.
En tant qu’entraîneur, il n’y en a qu’une de Coupe d’Europe pour le moment. Nous arrivons à décrocher une place sur le podium (3e) malgré une défaite amère en demi-finale à domicile.
Qu’est-ce qui fait la spécificité d’une Coupe d’Europe ?
François Colombier: Le plaisir. Avant tout le plaisir. Le plaisir de sortir de la routine du championnat. De jouer du baseball de haut niveau. De découvrir de nouveaux terrains. D’avoir une motivation, une ambition, un niveau de jeu qui est rarement atteint. D’être ensemble pendant une semaine et de penser, vivre, manger, dormir baseball, en étant un peu en dehors du temps et de la réalité.
Quentin Becquey: C’est un affrontement direct entre premières divisions, elle permet de savoir où se situe le baseball Français par rapport au reste de l’Europe. On retrouve l’atmosphère d’un championnat d’Europe mais c’est avec le groupe avec lequel tu vis toute l’année que tu pars au combat.
Quel message adressez-vous aux supporters avant le départ ?
François Colombier: C’est dur, une Coupe d’Europe. Alors quel que soit le résultat, soyez avec vos joueurs. Vous pouvez être certains qu’ils vous donner le meilleur.
Quentin Becquey: On a besoin de vous, sur place ou derrière vos écrans ; nous recevons tous vos messages de soutien et, au nom de l’équipe, merci infiniment. Peu importe, l’état de forme du moment, une coupe d’Europe se joue à fond et tout est possible !