D1: L’heure des braves

6 matches à jouer pour les Huskies. 6 matches pour sauver la saison. 6 matches pour montrer que les valeurs rouennaises sont toujours vibrantes. 

Tous les scénarios sont encore sur la table pour les Huskies. Une chevauchée fantastique qui les voit tout balayer, terminer au sommet du classement et aborder les play-offs en pleine confiance. Une lutte de tous les instants, parsemée de moments de bonheur et de défaites inquiétantes, qui leur permet d’arracher une 4ème place de peine et de misère. Une catastrophe industrielle, les défauts qui éclatent au grand jour, la peur de gagner, et une sortie de route, une absence des séries qui ferait tache à l’heure du 40ème anniversaire du club.

Trois finales avant les play-offs

Impossible pour l’instant de deviner de quoi l’avenir des Huskies sera fait. Tout ce qu’on sait, c’est que la fin de calendrier n’est pas facile : d’abord La Rochelle, sans doute une des équipes les plus complètes de la D1, qui connait sa meilleure saison et à encore en travers de la gorge la défaite en finale du Challenge. Puis Montpellier, son attaque de feu, sa volonté d’effacer la défaite en finale de l’année dernière (c’est vrai qu’à force de gagner, on s’en fait, des ennemis). Enfin, un déplacement à Sénart, avec des Templiers injouables à domicile (9-1), pour un affrontement qui sera peut-être décisif. Comme menu, on a connu des entrées – plats- desserts plus digestes.

L’heure de vérité

Mais justement, n’est-ce-pas pour les Huskies le temps de sortir de leur torpeur, de secouer la poussière qui assombri leurs performances, d’enfiler dores et déjà le costume de l’invincible en play-offs ? Parce que, justement, ce sont un peu des séries qui commencent ce week-end. Des matches de haut-niveau, couperets, où la défaite est presque interdite. Alors, oui, les Huskies savent faire. Mais mettre l’interrupteur à « on » d’un coup d’un seul, cela ne matche pas à tous les coups. Ce n’est pas automatique. C’est une prise de conscience réelle du danger qu’il convient d’avoir. C’est l’heure de montrer que les Huskies veulent rester la meilleure équipe française. C’est l’heure des braves.

Une attaque en panne d’inspiration

Pour l’instant, la hache de guerre est enterrée profondément. Depuis le Challenge de France, qui aurait pu, avec cette victoire au dernier at-bat, donner un coup d’accélérateur formidable à l’équipe, c’est plutôt moyen : 7 victoires / 7 défaites, un batting average de .244, une ERA de 3,61.  Ce n’est pas vraiment le rythme d’une équipe championne. Ce qui inquiète, on ne va pas le cacher, c’est l’attaque. Quelques chiffres le démontrent :.256 de moyenne (6è), des .711 d’OPS (5è), des 21,7 % de strike-outs (5è), 12,4 % de buts-sur-balles (5è). Rouen n’est pas dans le top-4, c’est aussi simple que ça. Et c’est dur de gagner sans marquer de points.

Les bâtons doivent enfin parler 

En creusant un peu, on identifie plus clairement les problèmes d’efficacité des rouennais. Ainsi, ils sont la 7
ème équipe en pourcentage de présence de leadoff sur base. Ce qui simplifie grandement la tâche des adversaires. Ils sont 6ème pour le batting average en situation de haute intensité. Même position pour la moyenne avec des coureurs en position de marquer, 5ème pour la moyenne avec 2 retraits, 6ème pour le pourcentage d’efficacité (points produits / coureurs sur les sentiers). Bref, les Huskies n’ont pas une attaque de play-offs. Et ils manquent cruellement de leaders. Megumi et Nishikawa, par exemple, ont un « win probability added » négatif. C’est-à-dire qu’ils nuisent à leur équipe quand ils sont à la frappe. Si ces deux-là ne se réveillent pas, ce sera très compliqué. Et on ne trouve pratiquement jamais aucun Huskies dans les top-15 ou top-20 des grandes catégories offensives, même s’il ne faut pas négliger les 20 RBI de Lebouc ou la présence solide d’Harrison dans la plupart des statistiques. Les Huskies doivent absolument trouver le moyen de réveiller leurs bâtons, au risque de grandes déconvenues.

Le pitching tient la maison

Parce que le reste de l’édifice tient plutôt bien. Le pitching est irréprochable, et le retour de Mercadier, placé dans des situations très compliquées le week-end dernier, apportera beaucoup. Le quator Ito – Prioul – Mercadier – Taido n’a pas d’équivalent en France. Les 4 fantastiques ont une ERA de 1,94, lancent 2,5 BB / 9 manches et 9,6 K / 9 manches et ont une batting average des adversaires de .208. Les seuls qui pourraient tenir la comparaison sont les rochelais De la Rosa / Krzykawiak / Nieves / Paredes, mais ils n’évoluent pas dans les mêmes eaux (3,42 de ERA, 4,1 BB/9, 8,5 K/9 et .236 de BAA). Il est certain que les Huskies ne donneront pas beaucoup de point, d’autant plus que la défense est elle aussi à son meilleur. La défense, elle aussi, n’a pas grand-chose à se reprocher. C’est elle qui tourne le plus de double-jeux (28), qui commet le moins d’erreurs (1,23 par match et même 0,82 à la maison), qui est la plus efficace sur les balles mises en jeu (.814 d’efficacité).

Le paradoxe Prioul

Un exemple suffit à éclairer la dichotomie rouennaise. Celui d’Esteban Prioul. Le gaucher a des stats excellentes, il est parmi les tous meilleurs lanceurs de la D1. Et pourtant, il n’a qu’une seule victoire. Comment l’expliquer ? Par le support offensif (« run support », la moyenne de points marqués par une équipe quand son lanceur est au monticule). Quand il lance, les Huskies ne marquent que 2,04 points / 9 manches. C’est très peu, et ce n’est pas simple de gagner dans ces conditions. Les deux suivants à ce classement (qui concerne les lanceurs ayant effectué au moins 6 départs) sont le puciste German et le pirate Gonzalez, à 3,17 et 3,83. C’est déjà une différence énorme. Prioul aimerait certainement être appuyé comme un Krzykawiak (4,32), un Pena (6,36) et que dire d’un Lesfargues (9,41). Mais non, il doit faire dans des conditions extrêmement difficiles, à toujours lancer sous pression. Mais il n’a concédé aucune défaite, ce qui démontre l’excellence de son niveau. 

Ecrire la suite de l’histoire

Mais tout cela n’est que des chiffres. Et des chiffres n’ont jamais gagné un match. Ce qui compte maintenant, dans cette étape de montagne avec 3 cols hors-catégorie à grimper, c’est le courage, la solidarité, la motivation, le talent, la discipline, l’effort, le collectif. Des éléments qui ne se mesurent pas en pourcentage ou qui ne se résolvent pas en équation. Mais qui se démontrent sur le terrain, à chaque at-bat, à chaque jeu, à chaque lancer. Des valeurs que les Huskies ont su porter depuis un quart de siècle. Des valeurs qui leur ont permis de renverser des situations impossibles, de réaliser des exploits dont on parlera longtemps,  d’ajouter d’innombrables victoires à leur palmarès. Des valeurs dont on attend que la génération 2026 montre qu’elle est capable d’assumer. C’est à ce prix que l’histoire pourra continuer de s’écrire. C’est aux joueurs de jouer. 



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