Rien ne sera facile

Une formule réduite, un adversaire piégeux, les Huskies devront sortir le grand jeu en demi-finale contre La Rochelle. Ça tombe bien, ils arrivent lancés comme un TGV à ce rendez-vous décisif.

 

La saison dernière, si les demi-finales s’étaient jouées au format 2 de 3, Rouen aurait été balayé par Toulouse. Il n’y aurait pas eu le sursaut des 3 derniers matches et la marche victorieuse vers le titre. Voilà de quoi rendre les Rouennais prudents avant leur affrontement avec La Rochelle. Pour ajouter une autre dose de prudence, convoquons l’histoire et remontons à l’année 2002. Rouen, nouveau promu, a roulé sur le championnat (29-1) et a reçoit Savigny pour la demi-finale. Premier match gagné, tout va bien, tout va être facile. Mais les Lions vont remettre les Huskies à leur place le dimanche et leur rappeler qu’une qualification se joue sur le terrain. Savigny ira chercher quelques semaines plus tard ce qui reste son dernier titre de champion.

Rappeler ces souvenirs, l’un proche et l’autre lointain, c’est simplement se mettre en tête que rien ne devrait être facile pour Rouen, dans une demi au meilleur des 3 matches. Pourtant, tous les indicateurs sont au vert. Les Huskies ont terminé la saison en boulet de canon, en patron, pourrait-on dire, rappelant à tout le baseball français leur absolue soif de titre et leur compétence hors du commun quand il s’agit de remporter des matches qui comptent. Même s’il faut pour cela renverser la table. Les Boucaniers ont payé pour le savoir, eux qui pensaient sans doute tenir leur premier titre, un dimanche de mai à Toulouse, avant de voir la rencontre leur échapper en dernière manche.

Pénible souvenir

Rouen – La Rochelle, c’est un inédit à ce niveau de la compétition. Il fallait que ce rendez-vous arrive, les Boucaniers sont une puissance montante du baseball français, ils se devaient d’être confrontés à ce qui ressemble à l’examen de passage par excellence, affronter les Huskies en play-off. Ils y arrivent sans aucun complexe, ayant souvent fait jeu égal avec Rouen ces dernières années, pleins d’ardeur pour bousculer les Rouennais, leur arracher des victoires remarquables. Certes, c’était le plus souvent sur leur terrain, mais il n’empêche que La Rochelle menait en 8ème manche, lors de leur dernier voyage en terre Normande. Et puisqu’on parlait de Challenge de France, les Huskies se souviennent encore de leur pénible et douloureuse élimination, sur le terrain Pierre-Rolland, dans le match décisif du 1er tour de la compétition en 2024. Alors, voir La Rochelle venir embêter, voire faire trébucher Rouen, ce n’est absolument pas du baseball fiction.

Bien sûr, d’autres s’y sont cassé les dents depuis 20 ans et plus, et il faudra que toutes les étoiles soient alignées. Offensivement, tout d’abord, et La Rochelle a quelques armes redoutables : des producteurs de points comme Pena (29 RBI, leader de la D1), et Camara (18 en 19 matches), des frappeurs complets comme Hashimoto (.333) et Rosell (.300), de la vitesse et des amortis avec les Crawford, les Esteban, Laufenbuchler, et un joyau, Briones, qui pourrait être toutefois absent des débats pour cause de départ aux USA. Au niveau du pitching, La Rochelle dispose d’une armada tout à fait capable de tenir la distance des 27 manches. Rouen n’aura pas la partie facile quand de la Rosa, Nieves ou Paredes prendront la balle. Et une des révélations de la saison, Krzykawiak, est tout à fait capable de tenir tête à la meute. Les Huskies sont prévenus, il n’y en aura pas de facile.

Sensations retrouvées

Avertis du danger, les rouennais n’en sont toutefois pas à trembler. Car ils semblent avoir retrouvé toutes leurs sensations. C’est même très étonnant à quel point chacun s’est mis à frapper quand il le faut. On pense à Joris Bert, qui a cherché toute la saison son premier extra-base hit ou à Martin Vissac, qui ne parvenait pas à décrocher son premier RBI. Ils ont tous les deux coché cette case dans les dernières semaines. Mais aussi Hugo Blondel, au ralenti en début d’exercice puis carrément à l’arrêt après une blessure à l’épaule, qui est redevenu ce frappeur dangereux indispensable à un alignement. Ou encore Ryosuke Nishikawa, qui a manqué d’opportunisme tout au long de la saison mais se retrouve finalement au 4ème rang pour les RBI, juste derrière son jeune coéquipier Oscar Lebouc, qui a su faire face à un long slump de milieu de saison et retrouvé son efficacité. Même cas de figure chez Théo Rioux, qui après un 3 en 27 a signé un 6 en 13 dans ses 4 derniers matches. Sans oublier la puissance d’un Louis Brainville ou la régularité d’un Gabriel Harrison, véritable métronome de l’attaque rouennaise, machine à frapper des hits, notamment dans les moments importants. Et puis il y a le cas Megumi. Difficile à cerner. Mister Paradoxe. Capable de concéder 4 strike-outs (l’infamant « golden sombrero ») puis de frapper un home-run à son passage suivant. Il l’a fait deux fois, contre La Rochelle et Sénart. Leader pour les strike-outs (38, ex-aequo avec le Lion Dahan) mais aussi pour les home-runs (5, comme A.Soriano) et 2ème derrière do Carmo pour les buts-sur-balles. Mais dont le rôle au 1er rang de l’alignement sera crucial dans cette série. C’est le Megumi cogneur dont les Huskies auront besoin. Pas celui qui repart avec la batte sur l’épaule.

Mais la force des Rouennais dans cette demi-finale, comme depuis des années, c’est le pitching. Ito, Mercadier, Prioul, Taido, c’est sans équivalent en D1. Une assurance tout-risque. Une arme fatale. Tous capables de lancer 9 manches ou de venir briller en relève dans une situation tendue. Forcément, avec ce quatuor, Rouen est armé pour aller très loin, encore une fois, et chercher à décrocher ce 20ème titre qui, avouons-le, serait du plus bel effet l’année du 40ème anniversaire. Cela commence samedi, contre La Rochelle. Et, vous l’avez compris, ce sera un combat de tous les instants. 



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