Pierre-Rolland, témoin de l’Histoire

Ce vendredi soir, le terrain Pierre-Rolland retrouve quelques heures de calme. Les derniers coups de râteau sont donnés, les lignes sont tracées, les installations sont prêtes. Mais demain, les tribunes se rempliront et Saint-Exupéry changera de visage. Pour la septième fois, Rouen et Savigny se retrouvent en finale du Championnat de France. Et pour les Huskies, ces deux premiers matchs à domicile ont une saveur particulière.

 

Il y a le match que tout le monde voit. Et puis il y a tout ce qui se passe avant. Bien avant le premier lancer, Saint-Exupéry vit déjà au rythme de la finale. Sur le terrain, autour des dugouts, à la buvette, dans les tribunes, les bénévoles prennent possession des lieux. Il faut préparer le terrain, installer, ranger, vérifier. Tous ces petits gestes que personne ou presque ne remarquera lorsque les joueurs entreront sur le diamant. C’est aussi cela, un grand week-end de baseball à Rouen. Saint-Exupéry, lui aussi, passe en mode finale.
Depuis quarante ans, des générations de joueurs, d’entraîneurs, de dirigeants et de bénévoles grandissent avec ce stade. Certains y découvrent le baseball. D’autres y jouent leurs premiers matchs. Beaucoup y vivent des titres, des soirées européennes et quelques-uns des plus grands moments de l’histoire des Huskies. Samedi, une nouvelle page peut commencer à s’y écrire.

Un stade et des souvenirs

Pour les Huskies, Pierre-Rolland est bien plus qu’un terrain. C’est leur maison. La même depuis quarante ans. Et pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de se souvenir de ce qu’était Saint-Exupéry au début de l’aventure. « Quand le club naît en 1986, Saint-Exupéry ressemble encore à un terrain vague. Le champ extérieur est en herbe, le diamant en terre. On est bien loin du confort du synthétique d’aujourd’hui. Même en 2003, au moment de notre premier titre de champion de France, le terrain n’a rien à voir avec celui que l’on connaît aujourd’hui. Il n’y a pas encore les dugouts actuels, pas la Tanière, pas les tunnels de frappe, pas l’espace VIP et la tribune est déjà vieillotte. Tout s’est construit progressivement. Et ce qui me frappe aujourd’hui, c’est de voir le chemin parcouru. Ce terrain a grandi avec le club. Il a accueilli des Coupes d’Europe, un France-Japon, un Championnat d’Europe féminin. Des équipes américaines, québécoises, japonaises et de nombreux pays européens sont venues jouer ici. Quand on repense au terrain vague des débuts, c’est assez incroyable. » raconte Xavier Rolland, président des Huskies de 1998 à 2020. 
Ce terrain porte aujourd’hui le nom de Pierre Rolland, père de Xavier et Pierre-Yves et l’un des dirigeants historiques des Huskies. Un nom indissociable d’un moment particulièrement cruel de l’histoire du club. Pierre Rolland décède en 2003, à la veille du troisième match de la finale du Championnat de France. Le lendemain, Rouen remporte ce match et décroche le premier titre de champion de France de son histoire. Depuis, son nom accompagne chaque rencontre disputée à Saint-Exupéry.

Quarante ans séparent le diamant en terre des débuts du synthétique d’aujourd’hui. Quarante années pendant lesquelles Pierre-Rolland se transforme en même temps que les Huskies. Le terrain grandit, le club aussi. Au fil des saisons, des joueurs de tous horizons ont porté l’uniforme rouennais. Des Français bien sûr, mais aussi des Japonais, des Américains, des Canadiens, des Vénézuéliens, des Australiens et bien d’autres. Certains ne restent qu’une saison. D’autres davantage. Tous laissent quelque chose de leur passage à Rouen.

Une finale n’appartient jamais seulement aux neuf joueurs présents sur le terrain. Elle appartient aussi à tous ceux qui, depuis quarante ans, participent de près ou de loin à l’histoire du club.

Dans les tribunes aussi, les générations se succèdent. Des enfants venus autrefois regarder les Huskies reviennent aujourd’hui avec les leurs. Des anciens joueurs ne sont jamais vraiment partis. Et beaucoup de bénévoles sont toujours là, année après année, souvent loin des projecteurs. C’est peut-être ce qui fait la singularité des grands rendez-vous à Saint-Exupéry. Une finale n’appartient jamais seulement aux neuf joueurs présents sur le terrain. Elle appartient aussi à tous ceux qui, depuis quarante ans, participent de près ou de loin à l’histoire du club.

Savigny, encore

Il fallait presque que ce soit eux. Pour la septième fois, Rouen et Savigny se retrouvent pour décider du titre de champion de France. Les six précédentes finales ont toutes tourné en faveur des Huskies. Et symbole supplémentaire, en 2003, Savigny était déjà en face lorsque Rouen décrochait le premier titre de champion de France de son histoire. Vingt-trois ans plus tard, les Lions reviennent à Saint-Exupéry au moment où les Huskies rêvent d’en conquérir un vingtième.
De 2003 jusqu’aux confrontations les plus récentes, Lions et Huskies ont construit l’une des grandes rivalités du baseball français. Mais les souvenirs ne donnent aucun point d’avance. Cette saison suffit à le rappeler. Rouen et Savigny se partagent les victoires lors de leurs confrontations directes et les Lions terminent devant les Huskies en saison régulière. La finale 2026 s’annonce donc particulièrement ouverte. En 2003, Savigny était là pour le premier. En 2026, Savigny est encore là pour tenter d’empêcher le vingtième.

Avant le bruit, le silence. 

Ce samedi, quelques heures avant la rencontre, il y aura encore ce moment particulier. Les tribunes seront presque vides. Les joueurs commenceront à arriver. Les premiers bruits de balles frappées résonneront pendant le batting practice. Les bénévoles termineront ce qu’ils ont commencé bien plus tôt. Puis, peu à peu, Saint-Exupéry se remplira. Les habitués retrouveront leur place. Les anciens se croiseront. Les plus jeunes s’approcheront du terrain. Les maillots navy et blancs apparaîtront dans les tribunes. Puis viendra le premier lancer.
À cet instant, les quarante ans, les dix-neuf titres, les six finales gagnées contre Savigny et tous les souvenirs de Pierre-Rolland resteront à l’extérieur des lignes.
Il n’y aura plus qu’un match à gagner. Puis un autre. Et peut-être un troisième.
Pour l’instant, Saint-Exupéry est encore calme. Mais plus pour très longtemps.

1987, les scoreuses sont installées directement sur le terrain, sans protection
1987, le terrain n'est pas clôturé. Le public s'installe sur le terrain
1999, les dugouts en bois ont vécu.
2000, inauguration du nouveau terrain. Pas encore de dugouts.
2003, le champ intérieur est en terre
2009, construction de la tribune
2014, construction des tunnels de frappe
2014, inauguration des tunnels en présence de Cathy Bradley, l’executive Director de BTF, Baseball Tomorrow fund, qui a financièrement contribué à leur construction
2025, pose du nouveau synthétique


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