23 Mai Rouen, l’art de gagner
Au terme d’un Challenge de France 2026 remporté dans la douleur et l’émotion par les Rouen Huskies, Quentin Becquey savoure. Le manager rouennais revient sur une semaine pleine de rebondissements, la force mentale de son groupe, la finale irrespirable face aux Boucaniers de La Rochelle et ce choix fort : envoyer Martin Vissac au bâton dans le moment décisif.
D’abord une première réaction après cette victoire et ce nouveau titre ?
Très heureux ! Ce fut une semaine compliquée, avec beaucoup de rebondissements, des absents, des blessures, donc la victoire à la fin c’est énorme. Très important pour le moral, elle vient aussi récompenser toute l’équipe qui n’a rien lâché du début à la fin.
On est arrivé au Challenge sur une dynamique compliquée. On avait du mal à s’ajuster offensivement, du mal à exécuter des situations simples, la pression depuis quelques semaines reposait beaucoup sur les lanceurs. Le potentiel offensif est énorme et tout le monde le savait. Alors dans cette période de creux au bâton, c’était extrêmement important que chacun prenne conscience de l’importance de chaque passage à la frappe. Peu importe la forme du moment, il n’était pas question de performances individuelles mais bien de production collective.
Que ce soit un but sur balles, un hit by pitch, un amorti, un roulant pour faire avancer un coureur ou un sacrifice fly… Toutes ces petites choses additionnées donnent du sens, de la valeur, de la cohésion et à la fin de la confiance. Quand on est au fond du trou et qu’on arrive malgré tout à produire quelque chose pour l’équipe, c’est le début de la guérison.
Depuis que tu es manager, tu n’avais jamais réussi à sortir des poules du Challenge de France. Tu tiens ta revanche ?
Oui, cette compétition est cruelle ! On peut arriver au Challenge avec une équipe en forme et complète et pourtant se faire sortir dès les phases de poules.
Cette fois, oui, nous avons notre revanche. Notre premier objectif de l’année est atteint : la qualification pour la Coupe d’Europe 2027. Maintenant, il faut redoubler d’efforts pour tenter de gagner celle de 2026 et rejoindre l’élite européenne l’année suivante.
Comment expliques-tu qu’à la fin, c’est toujours Rouen qui gagne ?
L’expliquer serait présomptueux, mais disons que la préparation physique, mentale et technique, additionnée à l’expérience des anciens et des cadres de cette équipe, permet aux Huskies de rester très compétitifs.
Je reprendrais un passage du livre Coaching The Mental Game de H.A. Dorfman :
« Être un gamer, ce n’est pas une question de talent, mais d’état d’esprit. »
Cette vérité nous a permis par le passé de faire tomber des géants européens et d’être respectés sur cette scène. Pour vous donner un exemple concret, le champion des Pays-Bas, Neptunus Rotterdam, souhaite nous affronter pour préparer sa saison. Cette équipe compte une grande partie des internationaux néerlandais, dont certains participent à la World Baseball Classic.
Ce respect existe. Maintenant, à nous de le maintenir.
L’équipe avait pourtant quelques soucis, notamment des blessés…
Oui, nous avons attaqué ce Challenge avec beaucoup de difficultés. Mais encore une fois, c’est dans les situations compliquées que le caractère d’une équipe se forge.
La victoire n’efface pas tout, mais elle donne confiance pour la suite. Nous devons revenir aux bases et faire mieux. Il y a eu trop d’erreurs sur les courses, trop de retraits sur prises. On doit corriger ça pour soulager nos lanceurs, qui ont été remarquables pendant tout le tournoi.
La finale a proposé un scénario incroyable. Ça s’est joué à quoi ?
Il n’y a pas de grande finale sans grandes équipes et La Rochelle a livré un match très solide. C’est difficile de pointer un moment précis, à part évidemment le walk-off de Martin, mais c’est vraiment une victoire collective.
On frappe 10 coups sûrs, on produit 4 RBI… Je dirais que ça s’est joué sur la discipline au bâton, une défense impeccable et un pitching qui nous a permis de rester dans le match.
Si on devait ressortir quelques performances individuelles ?
Je citerais Ryosuke (Nishikawa) et Louis (Brainville) avec leur back-to-back doubles qui ouvrent le score en troisième manche, le hit à bases pleines de Joris (Betr) en fin de cinquième, le home run de Ryosuke (Nishikawa) pour égaliser et bien sûr le hit de Martin (Vissac) en fin de septième.
Le choix de faire frapper Martin Vissac. Peux-tu l’expliquer ?
À vrai dire, sur le moment, ça m’a paru une évidence.Je crois qu’en fin de cinquième manche, j’ai dit à Martin qu’il prendrait le prochain at-bat de Louis Gerberon. Au vu de la physionomie du match, je savais que s’il devait avoir un passage, ce serait en fin de septième ou début de huitième.
Martin a l’expérience et le sang-froid. Il fait partie de ce groupe restreint de joueurs qui ont déjà vécu ce genre de situations tout au long de leur carrière. Il l’a déjà fait par le passé.
Je garde notamment en mémoire exactement le même coup sûr contre les Lions de Savigny lors du match 3 des finales 2024.
Oui, Martin n’avait eu aucun passage au bâton pendant le Challenge. Oui, Martin était à 0-en-4 avec trois retraits sur prises en Division 1 cette saison. Mais Martin a l’ADN de Rouen dans ses veines. Et ça, ça ne s’explique pas. Ça se prouve sur le terrain.
Et Louis Gerberon ?
Louis avait bien commencé le match avec un coup sûr, mais plus le match avançait, plus ses at-bats devenaient compliqués.
Il est dans une excellente dynamique de progression et les performances arrivent petit à petit. Mais il a encore beaucoup à apprendre, notamment dans le domaine mental.
Pendant les phases de poules, il a connu plusieurs situations similaires à celle du walk-off. La frustration a été énorme parce qu’il n’a pas réussi à produire. Mais ça fait partie du développement et de l’apprentissage. Le point positif, c’est qu’il a vraiment à cœur de faire mieux pour l’équipe. Maintenant, il doit apprendre à contrôler ses émotions, peu importe l’issue.
Louis Gerberon représente l’avenir de cette équipe et il est très bien entouré pour aller encore plus haut.
Les Japonais ont été excellents durant le tournoi, tout comme Matteo Manaranche…
Effectivement, nos quatre imports ont été solides pendant tout le tournoi. Beaucoup ont douté, notamment parce que Kento (Megumi) et Ryosuke (Nishikawa) ne produisaient pas énormément offensivement jusque-là. Mais pas nous. Ils s’entraînent trois fois par jour, ils sont extrêmement exigeants et leur expérience professionnelle impose le respect. Ce n’était qu’une question de temps.
Concernant Matteo, oui, son apparition contre les Pirates de Béziers a été excellente. C’est le genre de sortie qui aide un jeune joueur à prendre confiance. Il a prouvé à tout le monde — et à lui-même — qu’il était capable de lancer à très haut niveau. La situation n’était pas facile face à une équipe de Béziers redoutable. L’équipe l’a d’ailleurs désigné homme du match.
Maintenant, il doit construire sa saison là-dessus. Il doit pouvoir aider la D1 mais aussi dominer en D2. Matteo fait partie des joueurs susceptibles de disputer le championnat d’Europe U18 cet été. Une performance comme celle-ci vient récompenser son travail avec Keino Perez au Pôle France de Toulouse.
Ce succès peut-il servir pour la suite de la saison ?
Oui, mais c’est surtout toute la semaine qui va nous servir. Ce Challenge a démontré à toute l’équipe que même dans la difficulté, nous sommes capables de gagner. Que même lors d’un mauvais jour offensif, il existe toujours un moyen d’être utile. Que même diminués, nous restons compétitifs. Ces leçons doivent nous permettre de franchir un nouveau cap.
Je tiens aussi à remercier tout le monde pour les messages de soutien adressés à l’équipe.