14 Sep Rouen/Savigny, acte VII
Six finales. Six victoires. Depuis son premier titre de champion de France en 2003, Rouen a régulièrement croisé Savigny sur la dernière marche. Vingt-trois ans plus tard, Huskies et Lions vont se retrouver une septième fois pour le titre. Une rivalité historique entre deux clubs qui se connaissent par cœur, ne se font aucun cadeau sur le terrain, mais se respectent énormément.
Il y a des adversaires qui finissent par faire partie de votre propre histoire. Pour les Huskies, Savigny est de ceux-là. Depuis que Rouen a commencé à collectionner les titres de champion de France, les Lions sont l’équipe qu’il a le plus souvent retrouvée en finale. Avant celle de 2026, les deux clubs se sont affrontés six fois pour le titre : 2003, 2005, 2009, 2010, 2022 et 2024. Le bilan est spectaculaire : six finales, six victoires rouennaises. Dix-huit matchs gagnés contre quatre perdus. Mais réduire Rouen-Savigny à ces chiffres serait oublier l’essentiel. Cette affiche est aussi celle de deux places fortes du baseball français. Deux clubs rivaux, habitués à jouer les premiers rôles, qui ont appris au fil des années à se connaître et à se respecter.
Et derrière les chiffres, chacune de ces finales raconte une époque des Huskies.
2003 : là où tout commence
Rouen attend encore son premier titre. Un an plus tôt, les Huskies avaient survolé la saison régulière avec 29 victoires pour une seule défaite avant de tomber, à la surprise générale, en demi-finale face à… Savigny. Les Lions avaient ensuite été sacrés champions de France.
En 2003, les deux équipes se retrouvent cette fois en finale. « Savigny venait de remporter quatre titres de champion de France, se souvient Xavier Rolland, président du club à l’époque. Nous, nous arrivions de Nationale 1 et nous respections beaucoup leur palmarès. On rêver de les faire chuter, bien sûr… »
Rouen s’appuie alors sur une génération qui va entrer dans l’histoire du club : Robin Roy, Christian Chénard, Boris Marche, Nicolas Matte, Yann Monnet, Kenji Hagiwara, Flavien Peron, Joris Fillatre, Giovanni Ouin ou encore Boris Rothermundt.
La première rencontre donne immédiatement le ton. Savigny mène encore 7-5 en huitième manche. Rouen revient, égalise en neuvième et finit par arracher le match.
Le lendemain, Robin Roy prend le monticule et Rouen s’impose 5-3. Les Huskies ne sont plus qu’à une victoire du titre.
Quelques jours plus tard, le club apprend la disparition de Pierre Rolland, l’un des hommes des premières heures des Huskies, père de Pierre-Yves et de Xavier. Le dernier match se joue forcément dans un contexte particulier. Robin Roy se souvient : « Je suis allé voir Xavier et je lui ai dit : “Je vais lancer pour ton père.” Je lui ai assuré que personne ne croiserait le marbre ce jour-là. » Rouen gagne effectivement 4-0. Roy réalise 12 strikeouts dans le match décisif et est désigné meilleur lanceur et MVP de la finale. « C’est la finale la plus émotionnelle. C’est le premier titre du club », résume-t-il.
Rouen bat Savigny 3 victoires à 0. Le premier titre est là. Et une histoire commence.
2005 : perdre le premier, gagner les trois suivants
Deux ans plus tard, les Lions sont de nouveau sur la route des Huskies. Rouen a changé. Keino Perez a rejoint le club et va devenir l’une des figures de son histoire. Le Canadien Blake Denischuk apporte sa puissance à l’attaque. Autour d’eux, plusieurs joueurs du premier titre sont toujours présents. Cette deuxième finale contre Savigny commence pourtant de la pire des manières. Les Lions infligent un 17-7 aux Huskies. Une lourde défaite qui aurait pu faire basculer la série.Elle produit l’effet inverse. Rouen remporte les trois rencontres suivantes : 11-4, 13-2 et 7-2. Blake Denischuk marque cette finale de son empreinte et est désigné MVP. Giovanni Ouin est élu meilleur lanceur. Rouen bat Savigny 3-1 et décroche son deuxième titre de champion de France.
Ce sacre va surtout ouvrir une période exceptionnelle. À partir de 2005, les Huskies vont remporter huit championnats consécutifs.
2009 : Perez ferme la porte
Quatre ans plus tard, les deux équipes se retrouvent. Rouen a changé, Savigny aussi. Mais la rivalité demeure.
Dans le premier match, Keino Perez remplace Robin Roy en huitième manche alors que le score est à égalité et que Savigny menace. Il éteint l’incendie et accompagne les Huskies jusqu’à une victoire en prolongation. Perez intervient encore en relève dans le deuxième match pour préserver l’avantage rouennais.
Savigny remporte le troisième et entretient l’espoir. Mais Rouen ne laisse pas passer sa chance dans le quatrième. Nicolas Dubaut réalise notamment deux actions défensives décisives.
Rouen gagne une nouvelle fois la série 3-1.François Colombier, alors manager, insiste sur la valeur de l’adversaire : « C’était une grosse équipe », se souvient-il, en citant notamment Stewart, Huff, Lemestre, Peyrichou, Goniot, Rousseau ou Martinez. Et à propos de Keino Perez, décisif en relève : « Keino a fait ce qu’on lui demandait à la perfection.
Perez est désigné à la fois MVP et meilleur lanceur de la finale. Les Huskies décrochent leur sixième titre de champion de France.
2010 : Savigny devant, Rouen champion
Un an plus tard, nouvelle finale. La quatrième entre les deux clubs en seulement huit saisons. Cette fois, Savigny a longtemps semblé avoir pris l’ascendant. Les Lions terminent devant Rouen lors de la saison régulière.
À Rouen, Robin Roy a repris le management de l’équipe. Les Huskies changent de visage et arrivent lancés en play-offs, emmenés notamment par leur arrêt-court canadien Aaron Hornostaj, passé par l’organisation des San Francisco Giants.
En finale, Rouen remporte immédiatement les deux premières rencontres sur le terrain de Savigny.
Le troisième match devient épique. Les Huskies mènent 7-3, Savigny revient et finit par s’imposer 8-7 en douze manches, au terme d’une rencontre interrompue puis reprise le lendemain.Il faut un quatrième match. Anthony Piquet prend alors les choses en main au monticule. « Il faisait terriblement froid […] l’ambiance était électrique. » La défaite du match précédent n’a pas entamé la confiance des Huskies. Bien au contraire : « Elle nous a simplement surmotivés pour le match 4. »
Rouen s’impose et décroche son septième titre de champion de France. Joris Bert est élu MVP de la finale et Anthony Piquet meilleur lanceur. Encore 3-1. Et toujours Rouen.
2022 : une autre génération
Douze années vont passer avant que les deux rivaux ne se retrouvent pour le titre. Les noms ont changé. Une nouvelle génération porte désormais le maillot rouennais. Martin Vissac réalise notamment trois hits et produit deux points dans le premier match, remporté 8-5 par les Huskies.
Rouen gagne également le deuxième avant que Savigny n’arrache le troisième 5-4.
Dans le quatrième, les Lions prennent encore les devants. Mais Rouen répond. Louis Brainville, Dylan Dagneau et Joris Bert participent à la réaction rouennaise. Todd Van Steensel ferme la porte en relève et Brainville frappe un home run en neuvième manche. Victoire 6-3. Rouen remporte la série 3-1 et devient champion de France pour la 17e fois. À cet instant, une statistique résume l’incroyable histoire des Huskies : 17 finales de championnat disputées, 17 remportées.
2024 : le sweep
Deux ans plus tard, Savigny revient. Et cette fois, Rouen ne lui laisse presque rien. Les Huskies remportent les deux premiers matchs chez les Lions : 6-0 puis 8-2. Retour à Rouen avec la possibilité de terminer la finale en trois rencontres. Le troisième match est beaucoup plus serré. Pendant six manches, personne ne trouve l’ouverture. Puis tout bascule. Une erreur défensive de Savigny permet à Louis Brainville d’atteindre les bases. Joris Bert obtient un but sur balles. Martin Vissac frappe alors le simple qui débloque la rencontre. Jean-Christophe Masson ajoute un home run et Joseph Toubeaux porte le score à 3-0. Savigny tente une dernière réaction, mais Esteban Prioul limite les Lions à un point.
Rouen gagne le match 3-1 et la finale 3 victoires à 0. Les Huskies décrochent leur 18e titre de champion de France. Comme en 2003, Savigny quitte la finale sans avoir remporté une rencontre.
Six finales, une seule issue
Les chiffres sont impressionnants :
2003 : Rouen 3-0 Savigny
2005 : Rouen 3-1 Savigny
2009 : Rouen 3-1 Savigny
2010 : Rouen 3-1 Savigny
2022 : Rouen 3-1 Savigny
2024 : Rouen 3-0 Savigny
Soit six finales remportées sur six et 18 matchs gagnés sur 22.
Mais ce 6-0 ne raconte pas tout. Savigny a souvent poussé Rouen dans ses retranchements. Les Lions ont eux aussi été champions de France, ont régulièrement joué les premiers rôles et constituent depuis plus de vingt ans l’un des grands adversaires des Huskies. C’est aussi ce qui donne de la valeur à ces six victoires. Rouen et Savigny sont rivaux, mais les deux clubs se respectent énormément. Ils se connaissent, ont partagé beaucoup de grandes batailles et savent ce que l’autre représente dans le baseball français.
2026 : le septième chapitre
Et les voilà encore. Vingt-trois ans après leur première finale, Rouen et Savigny vont une nouvelle fois jouer le titre de champion de France. Pour Savigny, le défi est clair : mettre fin à une série de six finales perdues face aux Huskies. Pour Rouen, il s’agit de prolonger une tradition et surtout d’aller chercher un chiffre qui donnerait une dimension particulière à cette nouvelle confrontation. Pour leurs quarante ans, les Huskies peuvent devenir champions de France pour la vingtième fois. Le premier titre avait été gagné contre Savigny. Le vingtième pourrait l’être aussi.