16 Sep La quête du 20me
Rouen retrouve son vieil adversaire, Savigny, celui du 1er titre, pour aller chercher le 20ème. Mais le combat s’annonce des plus rudes.
Le dernier retrait de la finale 2025 venait d’être effectué, et déjà dans certaines têtes rouennaises, un autre rendez-vous se dessinait. Oui, l’heure était aux célébrations, aux accolades et à quelques boissons fermentées. Mais, dans l’âme des champions, germe sans cesse la graine du toujours mieux. Plus encore, quand c’est d’un vingtième titre dont il s’agit, cadeau d’anniversaire idéal pour un club s’apprêtant à devenir quadragénaire, sans vouloir vivre la crise d’ordinaire accolée à cet âge-là. Alors, dans l’obscurité tombante de Veyrassi, ils pensaient déjà à cette nouvelle conquête si riche en symboles.
20 titres, c’est ce que vont aller chercher les Huskies les deux week-ends prochains. 20 titres en 20 finales, afin d’ajouter un parfum de perfection à une histoire déjà légendaire. Ce fut une longue et belle route, marquée de quelques démonstrations de force insolentes, ainsi que de luttes acharnées, d’invraisemblables retournements de situations, de triomphes au bout du suspense. 19 superbes copies, et il ne reste qu’une étape pour obtenir la note parfaite. Le 20/20. Mention très bien avec félicitations du jury.
Pas si vite, répondent des Lions. Ils ont été souvent les victimes des Rouennais, mais ce statut ne colle pas à la peau d’une équipe courageuse, résiliante, talentueuse. Pour aller chercher le numéro 20, il faudra se montrer fort, très fort. Parce que les Lions ne feront aucun cadeau. Ce n’est pas leur genre.
Savigny représente beaucoup dans l’histoire des Huskies. Ce fut le plafond de verre contre lequel ils se heurtèrent à l’occasion de quelques douloureuses éliminations au début de leur aventure. Ce fut le premier titre, obtenu d’un balayage somptueux, qui allait donner naissance à tant d’autres heures de gloire. Ce furent quelques affrontements homériques, marqués du sceau du respect et de l’intensité du combat. Ce n’est sans doute pas un hasard, si, alors que tous les Huskies rêvent de ce 20/20, si ce sont de nouveau les Lions qui se dressent devant eux.
Peu d’incertitudes demeurent dans l’analyse sportive des forces en présence. Du côté de Savigny, l’atout numéro 1 s’appelle Pena. Le lanceur vénézuélien a totalement écoeuré le puissant line-up de Montpellier en demi-finale, couronnant une saison de domination constante. Il représente une force à lui seul, mais aussi un danger : si les Rouennais parviennent à le battre, ils auront fait un grand pas vers la victoire. Il sera secondé par l’inoxydable Orozco, le lanceur le plus utilisé de la saison, habitué aux missions de courte relève, mais qui a tenu le fort pendant 6 manches dans le match décisif. Et puis le vétéran Coste, qui connait une saison difficile, mais toujours capable de coups d’éclat, ou encore le jeune Chevet, très prometteur, qui pourrait être l’une des révélations de la finale. L’autre point fort de Savigny, mais cela on l’a écrit avant chacune de leur finale, c’est l’attaque. Il faut citer Acuna, bien sûr, qui s’offre une nouvelle campagne au-dessus de .400, les frères Amoros, Axel plus régulier, Lilian plus puissant, Nunez en bougie d’allumage, mais ne pas oublier des lionceaux qui ont montré les crocs en demi-finale (Grosjean-Gardaix, Martinez-Bouvier, Bernardi-Chiba, Désir), des habitués comme Dahan ou Saxemard, et puis un Keurinck qui retrouvera peut-être toute son inspiration de la saison passée ou Martin, qui n’a pas montré grand-chose en saison, mais fut important en demi-finale. Mais il faut aussi parler du point faible, la défense, qui a commis 64 erreurs en saison (seul le PUC, à 65, a fait pire) et qui n’a tourné que 0,58 doubles-jeux/9 manches, de loin le plus faible total. Le gros point faible est à l’arrêt-court, même si Acuna est remarquable, avec une moyenne collective de .872 à ce poste, la plus basse de la D1.
La défense, ce n’est pas le principal souci des Rouennais. Ils ont la meilleure de toute la D1, avec seulement 33 erreurs, presque deux fois moins que les Lions. Au pitching, ils peuvent répondre à l’arme Pena avec la leur, Mercadier, qui domine dans toutes les statistiques avancées et a réalisé une énorme performance en demi-finale. Et quand on nomme Ito, Taido et Prioul, derrière, sans oublier Manaranche, on mesure que le bullpen des Rouennais est équipé pour veiller tard. L’attaque n’est pas en reste, elle s’est réveillé depuis quelques semaines et entre les RBI de Blondel, les home-runs de Megumi, les extra-bases de Nishikawa, l’opportunisme de Lebouc ou Vissac, la régularité et l’efficacité dans les moments chauds d’Harrison, la vitesse de Gerberon et Bert, on ne voit pas ce qui pourrait ralentir cette formidable machine à marquer des points.
Alors, Rouen favori ? Peut-être, au regard du passé, de la fin de saison et de ces 9 victoires consécutives, de l’équilibre et de la profondeur globale de l’effectif. Non, car Savigny est le leader du championnat, semble sur une dynamique extrêmement porteuse, et possède tous les atouts pour entraver la marche vers le n°20 des Rouennais.
Tout est idéalement réuni pour que le spectacle soit magnifique. On vous conseille de ne pas rater ça.